Jessica Rabbit dévoilée

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Vous avez vu le film Qui veut la peau de Roger Rabbit ? Si ce n’est pas le cas aller le voir tout de suite. C’est un film qui mélange animation et personnages réels. L’histoire de Roger Rabbit, un lapin stupide de Toons marié à une femme de rêve. 

Lors du spectacle de Toïtoïtoï dont je vous ai parlé cette semaine, un tableau est consacré à ce polar noir sur fond d’histoire d’amour. Et comme je l’ai déjà raconté, je me suis fixé le challenge de photographier la chanteuse avec le contrebassiste, de préférence avec un rendu sensuel. 

Trois de mes clichés fonctionnaient assez bien sur toute la série. J’en ai sélectionné deux pour le groupe et j’en ai gardé un pour mes plaisirs solitaires, à savoir le traitement photo.

Ma femme aimait bien les photos mais leur trouvait quelques défauts. J’ai conservé l’image qu’elle préférait et l’ai retravaillée afin qu’elle corresponde plus à ses goûts.

Je vais vous dévoiler ici comment on passe d’un fichier brut à l’image finale désirée. Le traitement sous le logiciel Lightroom à partir d’un fichier RAW de chez Nikon.

L’image initiale ressemblait à ceci, à la réduction du bruit près. De base je la trouvais la photo pas si mal : la posture sensuelle de la chanteuse associée à celle du contrebassiste en arrière plan qui joue, le rappel des courbes de Jessica dans celles de l’instrument, le fond bien noir et les reflets du plancher de la scène, on aurait presque pu en rester là.

La première étape a consisté à recadrer légèrement la photographie pour que la chanteuse soir parfaitement sur une ligne de force. Ensuite j’ai joué sur quelques curseurs afin d’ajuster les couleurs, la netteté, la saturation et les ombres. Mais le défaut principal de ce cliché venait de la présence d’éléments parasites comme le chevalet et l’amplificateur gris posés entre les deux protagonistes. Je me suis servi de l’outil d’effacement pour les faire disparaître, chose que d’ordinaire je ne fais jamais et traitement photo, mais là j’avais décidé d’aller jusqu’au bout des possibilités de Lightroom.

Pour finir, j’ai voulu donner un coup de projecteur sur Jessica et apportant une lumière sur la gauche du tableau, un artifice dont j’use de temps en temps pour éclairer les paysages.

Le résultat final est satisfaisant si on le compare à l’image originale. Il y a encore des choses à redire comme la saturation des cheveux du musicien, l’ombre du chevalet sur la contrebasse, le bras droit de la chemise de l’homme généré par IA qui ressemble plus à pull qu’à autre chose, mais voila un petit aperçu de ce que faire un logiciel de développement comme Lightroom à condition de consacrer plus d’une heure sur l’image.

Burlesque

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Souvenez-vous, en septembre, après une nuit blanche au Champ du Feu, j’avais couvert le spectacle en plein air de Toïtoïtoï à Bischheim. Et comme les photographies leurs avaient plues, j’ai remis le couvert pour la Saint Valentin, enfin plus exactement le dimanche 16 février.

Le spectacle se déroulait dans le cadre du festival Strasbourg mon Amour à la salle du Cercle, toujours à Bischheim. Une salle de 250 places assises possédant une scène de belle taille.

Toïtoïtoï est une troupe amateur qui présente un spectacle de comédie musicale burlesque intitulé Love Love Love dans lequel les musiciens, chanteuses et danseuses reprennent des classiques de la pop rock, des Blues Brothers à ABBA en passant par La Reine des Neiges. Il y a aussi deux chanteurs, mais noyé au milieu des toutes les filles, j’ai dérogé aux règles de la grammaire française pour écrire chanteuses.

J’ai profité que la troupe répète la veille, pour prendre mes marques et réaliser quelques photographies impossibles à prendre en présence d’un public. En plus de mon équipement habituel de concert, le 24-70 et le 70-200 mm, j’avais apporté un 85 mm ouvert à F/D à 1.8, un objectif parfait pour le portrait et très difficile à utiliser en live.

Dans Love Love Love, Toïtoïtoï propose plusieurs tableaux avec des changements de costumes, de micros et de chanteurs. Il n’y a que les six musiciens qui ne bougent pas. De gauche à droite, une flûtiste, un saxophoniste, un bassiste contrebassiste, un guitariste bandjo, un batteur et une pianiste. Ils ne sont pas vraiment mis en avant contrairement aux chanteuses multicolores et font pourtant un travail de fou. La fois précédente, ma mission consistait justement à rendre hommage à leur travail en les mettant en avant avec les photographies. 

Cette fois, l’exercice semblait quasi impossible étant donné la configuration de la scène, alors j’ai plus travaillé les couleurs et les portraits. Il faut dire qu’il y avait de jolis brins de filles en tenues aguichantes pour accaparer le viseur de mes appareils. J’ai dû me faire violence pour ne pas photographier toujours les mêmes personnes. Mon objectif accroche mieux certains visages que d’autres, on va dire les personnes les plus photogéniques. Mais dans ce genre de commande, le but est de capturer des images de tout le monde, et de préférence flatteuses, pour offrir un souvenir à tous les participants et du matériel pour la communication du groupe.

Pendant la répétition du samedi, je me suis invité sur scène, non pas pour un French Cancan, mais pour aller au plus près des musiciens. Je me suis également placé dans le public à venir pour cadrer quelques tableaux particulièrement colorés. J’ai surtout pris mes marques avec les éclairages et l’enchaînement des chansons.

A 17h j’avais emmagasiné plus de trois cent images de la répétition, trouvé une balance des blancs adaptée, repéré les endroits où me placer et vidé une batterie du Nikon Z8. J’ai principalement travaillé au téléobjectif 70-200 mm après quelques expérimentations au 85 mm.

Le dimanche matin, je triais et développais  la pellicule numérique pour ne conserver qu’une quarantaine de photographies, ce qui m’a permis de tirer les conséquences de mes erreurs et d’ajuster les réglages pour le spectacle, par exemple une vitesse d’obturation plus rapide et une profondeur de champ plus grande pour quelques scènes. Ça bouge vite et il y a pas mal de monde sur scène.

A 15h30 moi et mon épouse, venue surveiller son époux libidineux, étions de retour à la Salle du Cercle, une heure trente avant le lever de rideau, pour prendre une photographie de groupe avec toute l’équipe. La tension était palpable après l’atmosphère détendue de la veille. Une chanteuse m’a dit qu’elle hésitait entre aller vomir et péter un câble, le batteur n’arrêtait pas de faire des aller retour avec la régie, les bénévoles s’affairaient aux stands de merch, boissons à droite, gâteaux à gauche et moi-même je sentais la pression monter. Je vérifiais mes réglages dix fois, inspectais la propreté de mes lentilles et le niveau des batteries.

La salle se remplit assez vite, les familles et les amis s’installèrent et rapidement plus des trois quarts des sièges furent occupés. Une belle réussite ! 

Une fois que les lumières s’éteignirent, tout alla très vite. Les tableaux s’enchaînèrent à toute vitesse, je couru de droite à gauche, mitraillant, changeant les réglages, gros plan, plan large, contre-plongée, cherchant des expressions, des lumières, cadre serré sur un visage puis plan large pour englober toute la scène avec le public, bref je faisais des photos. Je m’étais réservé un siège au premier rang pour photographier quelques plans sans trop déranger le public, sinon j’étais debout, accroupi, évitant de rentrer dans le cadre des deux iPhone qui filmaient le spectacle. L’entracte m’a pris par surprise, quelques minutes pour faire un bisou à ma chérie, Saint Valentin oblige, et me réhydrater un peu.

Après cette courte pause, le spectacle repris de plus bel. J’allais d’ailleurs réaliser la meilleure photographie de la soirée. Jessica Rabbit arriva sur scène en robe rouge moulante et échancrée. Derrière elle, se cachait la contrebasse aux formes généreuses, le challenge consistait à cadrer le duo de manière sensuelle sans élément parasite et suffisamment de profondeur de champ. Je mitraillais, priant pour qu’une fenêtre s’ouvre et le miracle se produisit. J’ai finalement arraché trois images qui pouvaient convenir.

Mais il me restait encore une photographie à réaliser pour remplir le cahier des charges que je m’étais fixé, immortaliser les artistes avec le public présent ce qui impliquait qu’il soit éclairé pour ne pas avoir à trop tirer sur les curseurs. C’est lors du final que je vais tenir la chance. Il fallait être au fond de la salle au téléobjectif, raser les têtes du public et bien cadrer la scène tout en réalisant la mise au point sur la scène. C’était sportif avec plus cinq kilos de matériel à bout de bras. 

A 19h la fête était terminée. plus de trois cent nouvelles photos dans la carte, plusieurs kilomètres dans les jambes et des kilos à bout de bras.

J’ai trouvé le spectacle bien plus agréable à regarder en salle qu’en extérieur. Le son était nettement meilleur, surtout pour les voix et les éclairages de scène sur fond noir renforçaient beaucoup la mise en scène. Mes tableaux préférés resteront Roxane, les Blues Brothers, la version trash de la Reine des Neiges (j’adore le texte), All You Need Is Love et surtout, parce que la chanteuse possède une voix à tomber par terre, Calling You tiré de la BO du film Bagdad Café.

L’association a proposé de me rétribuer pour le travail, ce qui est flatteur, je crois d’ailleurs que c’est la seconde fois dans ma vie de photographe que cela arrive. Alors j’ai fait les comptes : deux déplacements, six heures de shooting, dix heures de développement, l’amortissement du matériel et son assurance, même au SMIC horaire, cela resterait hors de prix. Mais rassurez-vous, je ne suis pas comme ça, je le fais encore pour le plaisir. Je n’ai d’ailleurs pas de statut me permettant de gagner un salaire en tant que photographe, encore que si ça se trouve je peux cumuler ça avec mon travail. Toujours est-il que j’ai décliné la généreuse proposition, quitte à faire concurrence aux professionnels qui auraient pu couvrir l’événement. Désolé pour eux, mais on parle ici d’une troupe amateur. Après, si des formations professionnelles ont besoin de mes services, on peut en discuter.

Du coup, ce fut un week-end relativement chargé et sympathique d’autant que j’avais une fusée en petites briques à assembler. Mais au moins cette fois, je n’ai pas couvert le concert en plein soleil après une nuit blanche passée sous un ciel étoilé au Champ du Feu.

LoveLoveLoveLive

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Lors d’un mini récital classique à la maison je m’étais plus ou moins engagé à couvrir le concert d’une troupe amateur strasbourgeoise nommée Toïtoïtoï.

Je ne savais pas vraiment ce qu’ils jouaient, quelque chose entre la comédie musicale et un concert de rock, mais comme je sais que le groupes peinent à trouver des photographes munis d’autre chose que d’un smartphone pour immortaliser les concerts, je me suis proposé.

Sauf que ce concert tombait en plein sur un gros week-end de sortie astro. Autant dire que lorsque je suis arrivé au Parc Wodii de Bischheim le dimanche à 15h30 pour l’événement, je n’avais qu’une petite heure de sommeil derrière moi depuis 48h. 

Le concert démarrait à 17h en plein air après un spectacle de percussions africaines sur lequel je me suis fait la main pour trouver les bons réglages. Parce que un spectacle en lumière naturelle, c’est toujours sportif.

Claire avec qui j’étais en contact pour les photos, m’a fait le tour du  propriétaire et présenté aux organisateurs afin que je ne me fasse pas chasser comme un malpropre pendant le concert.

Le spectacle de Toïtoïtoï raconte l’amour dans tout ses états en revisitant des classiques du rock, de Sting aux Blues Brothers en passant par la Reine des Neiges.

Une pianiste, un saxophoniste, un violoniste, un guitariste, un bassiste et un batteur jouaient pour une importante troupe de chanteuses avec quelques hommes pour respecter la parité.

Des couleurs, des paillettes, des toilettes chiques et sexy, des changements de costumes à chaque tableau et quelques sketches entre les reprises, leur show aurait mérité une salle et des éclairages plutôt qu’un jardin public en bordure d’une maison de retraite.  Mais j’imagine qu’ils étaient déjà heureux de se produire devant un public assez nombreux.

Les six musiciens faisaient le taf et la pianiste et le batteur semblaient tout particulièrement s’éclater. Pour les voix, c’était plus inégal. Un des chanteurs n’était jamais au diapason alors que deux chanteuses possédaient de magnifiques voix et une grande maitrise technique.

J’avais pour mission de shooter tout particulièrement les musiciens dont le groupe n’avait pas beaucoup de photos. Trois des membres de la troupe sont venu me le demander. Alors si je n’avais pas compris le message… L’exercice n’était pas aisé du fait de leur disposition et surtout parce que, sorti de la pianiste et du batteur, les autres étaient trop concentrés sur leurs instruments pour offrir des expressions intéressantes. J’ai fait de mon mieux.

Pour les chanteurs, il y avait suffisamment de belles tenues colorées et de visages à cadrer pour remplir plusieurs pellicules. Je suis reparti avec plus de quatre-cent clichés dans mes cartes mémoire en moins de deux heures. Seule une cinquantaine d’images ont survécu au tri et encore ma première sélection n’en comptait qu’une trentaine. Claire m’a demandé si je pouvais en trouver d’autres illustrant plus de tableaux. J’ai exhumé seize nouvelles photographies de second choix pour étoffer l’album.

Les retours sont tellement bons qu’ils m’ont demandé de devenir leur photographe officiel. Je suis flatté. Après c’est toujours la même histoire. Entre des photographies prises au smartphone et des images réalisée avec une bonne optique et développées ensuite, il n’y a pas photo si je puis dire.