Est-ce que je lis des chroniques ?

Chroniqueur et rédacteur, est-ce que je m’intéresse à ce qu’écrivent mes collègues ? Je vais vous faire une réponse de normand, oui mais non. Je ne lis pas systématiquement la presse qui parle de musiques progressives.

Tout d’abord, parce que je ne dispose pas d’assez de temps. En effet le nombre de webzines francophones, parlant de rock progressif, est très important.  Et ces magazines publient, à un rythme soutenu, plusieurs critiques par semaine.

Ensuite, parce que, pour garder l’esprit ouvert, je ne dois pas et ne veux pas lire la chronique d’un album, tant que je n’ai pas rédigé et publié la mienne.

Quand la chronique est publiée ou que le groupe m’est inconnu, il m’arrive de lire la prose de mes voisins, par curiosité. Et quand un chroniqueur, ayant mes affinités musicales, s’emballe pour un album que je ne connais pas, cela me titille inévitablement, alors je lis son avis et écoute un extrait pour me faire une première opinion, lecture qui s’achève souvent par un achat.

Je lis également la concurrence pour suivre l’évolution de la presse musicale, le format des chroniques, les tendances, ce que l’on peut améliorer chez nous. Car il faut savoir faire son autocritique de temps en temps.

Mes affinités avec les webzines évoluent avec le temps, en fonction des chroniqueurs, de la politique de l’équipe, de leur ‘objectivité’ et bien entendu en fonction des genres musicaux présentés. Il y en a que je ne lis jamais, d’autre que j’ai cessé de parcourir, et des nouveaux qui me donnent envie de bosser pour eux.

Ce que je recherche chez eux, c’est de l’intégrité, de la lucidité, de l’honnêteté, de l’indépendance et du non fanatisme. Il arrive que les meilleurs groupes produisent des étrons, que les figures emblématiques des seventies vieillissent mal, que de jeunes pousses n’aient aucun talent. Trop rares sont ceux qui l’écrivent hélas.

Le plus souvent, ce sont les autres chroniqueurs du webzine qui me parlent de telle ou telle chronique parue chez Bidule.com, généralement pas du trop en phase avec la notre. Selon le webzine, j’y jette un oeil ou non, histoire de comprendre pourquoi nous n’avons pas la même vision de l’album. Souvent, le nom du webzine suffit à comprendre notre désaccord.

Dans les chroniqueurs il existe de nombreuses catégories : les encyclopédies vivantes, qui connaissent tout des groupes, des musiciens, des carrières, des techniques; les fans inconditionnels qui vouent un culte sans partage à leurs idoles; les demolition men qui ne doivent pas aimer la musique; les curieux prêts à écouter les albums les plus improbables; les blasés recherchant de nouvelles sensations fortes; les pigistes qui sont rétribués au mot; les photocopieurs de fiches promotionnelles qui ne semblent pas avoir écouté la musique; les aspirateurs de sites qui piochent à droite à gauche; les nostalgiques; les avant-gardistes; les passionnés; les découvreurs de talents… Il y a également ceux qui sont un peu tout ça à la fois, comme moi.

Mes préférés sont les fondus du caissons, les passionnés qui s’enflamment pour un truc improbable et qui donnent envie d’écouter la musique. C’est eux que j’ai envie de lire, même si je ne suis pas toujours d’accord avec leurs coups de cœur.

Je ne lis pas toutes les chroniques, loin s’en faut, mais j’en lis quelques unes quand même.

Good Morning, Midnight

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Panne de lecture, j’ai deux bouquins en attente mais je n’arrive pas à me concentrer sur du matériel un peu cérébral, ça arrive. Du coup je suis passé chez mon libraire, j’ai fouillé un petit moment dans la pile SF sans vraiment trouver mon bonheur et ai pris, un peu par hasard et par dépit, un bouquin d’une auteure inconnue, Lily Brooks-Dalton, Good Morning, Goodbye.

Encore un de ces romans désespérés avec deux récits parallèles qui se rejoignent. Un vieil homme et une gamine survivent seuls, non loin du pôle nord. Dans l’espace, un équipage revient de Jupiter. Le reste du monde semble avoir cessé de respirer, du moins il ne répond plus. Les ondes radios sont devenues muettes, la Terre semble s’être vidée de toute vie.

Après quelques premières pages difficiles liées à une traduction à bas coup, le livre de Lily vous embarque dans le vaisseau spatial où les tensions deviennent explosives et dans cet observatoire déserté où un vieux scientifique découvre à l’automne de sa vie ses erreurs passées. Un roman profondément humain, sur fond de cataclysme, qui se lit à toute vitesse et dont il est difficile de sortir. J’y retrouve l’ambiance de Phare 23 ou de Silo de Hug Howey, un livre lent, sans action, tourné vers les personnages, plongé dans un monde sans avenir.

N’importe quoi

Pendant mes longues heures passées dans les salles d’attente des médecins, radiologues et laboratoires, j’ai un peu de temps pour me cultiver en me plongeant dans de passionnants romans.

Je ne sais plus où j’ai lu du bien de cet ouvrage, Le Grand N’Importe Quoi de J.M. Erre, mais force est de constater, arrivé à la moitié de l’ouvrage en question, que je ne suis pas du tout de l’avis du chroniqueur. Vous me direz, « tu n’as pas encore fini le livre », c’est vrai, et d’ailleurs, je me demande si je vais le finir, mais avec un peu de chance, ce soir mon rendez-vous chez le gastro entérologue va me fournir deux heures pour boucler l’affaire.

Pour l’instant,  Le Grand N’Importe Quoi, est à mi chemin du Guide Du Routard Galactique et d’Un Jour Sans Fin. Génial non ? Non… J.M. Erre ne manie pas l’humour comme Douglas Adams et les ficelles de l’histoire sont tellement grosses que l’on ricane avant même que la chute arrive. Le style n’étant pas des plus élégants non plus malgré de nombreuses citations littéraires niveau première scientifique, le récit d’une fête culturiste dans un village paumé de France où d’étranges événements se produisent, manque cruellement de sel. Bref pour l’instant, l’ennui est complet.

Deux heures de retard chez le spécialiste m’ont permis d’achever l’oeuvre. Si comme moi vous n’accrochez pas sur les deux premières pages, n’allez pas plus loin.