Photographier les étoiles – la photo au trépied

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Je rencontre régulièrement des personnes qui désirent se mettre à la photo du ciel. Ils faut dire que pour un non initié, les images que l’on arrive à sortir après une nuit de patience, sont toujours spectaculaires.

Les personnes qui nous voient en action avec tout notre matériel bardé de fils, scrutant sur une tablette ou un ordinateur les premières images accumulées par le setup, ont parfois envie de se lancer dans l’aventure.

A chaque fois, nous leur recommandons de ne pas bruler les étapes, de commencer avec une solution simple et d’évoluer progressivement si l’envie se confirme. Car l’astro photo est un loisir onéreux, nettement plus que la photographie et c’est également un passe temps qui demande un long apprentissage, même s’il existe de nombreux turoriels très bien faits sur internet.

Donc s’il vous prenait l’envie de vous lancer dans cette passion, voici quelques conseils pour commencer en douceur et sans vous ruiner.

Tout d’abord quelques préalables : il est préférable d’avoir déjà fait un peu d’astronomie et de posséder des notions de photographie. Il n’est pas nécessaire d’être un expert dans ces matières. Mais déjà admettre que la terre est ronde et savoir repérer la constellation de la grande ourse est un bon point de départ comme connaître le triangle d’exposition (vitesse, ouverture, sensibilité).

Ce que de nombreuses de personnes ignorent, c’est que l’on peut faire de la photo astro avec un simple appareil photo et un trépied. L’appareil doit permettre des temps de pose de plusieurs secondes, autoriser une mise au point manuelle et disposer d’un retardateur ou d’un déclencheur souple ou sans fil. Il est préférable de posséder un objectif lumineux de bonne qualité (avec un rapport f/d proche de 2.8) et un trépied bien stable.

Rotation des étoiles pendant la nuit

Comme la terre tourne sur elle-même en vingt-quatre heures, les étoiles semblent bouger dans le ciel. Et ce mouvement, aussi faible soit-il, va se remarquer sur vos photos si vous n’y prenez pas garde. Après, cela peu être l’effet recherché. Tout est permis.

Pour éviter ce filé d’étoile, retenez la formule suivante : temps de pose = 500 / focale de l’objectif, et ça pour un appareil photo plein format. Pour un APS-C il faudra diviser ce temps par 1.5, et pour un capteur 4/3, il faudra diviser ce temps par 2. Par exemple, si vous utilisez un objectif de 50 mm sur un boitier plein format, vous pourrez espérer réaliser des photographies avec un temps de pose maximum de 10 secondes. La formule est empirique et dépend du boitier et de l’objectif. Il faudra vérifier l’image en zoomant sur les étoiles pour vérifier quelles ne présentent pas de filé, surtout sur les bords.

Evidemment, si vous voulez photographier une galaxie ou une nébuleuse, il vous faudra une forte focale, au minium 135 mm et donc votre temps de pose sera fortement diminué. Donc la photographie avec un trépied et un appareil photo, sans compenser le mouvement de rotation de la terre, se fera le plus souvent avec des objectifs grands angle de 6 à 35 mm pour avoir le plus de temps de pose possible. Généralement avec ce genre de matériel, on photographie la Voie Lactée.

Maintenant, comment procéder ? Déjà, allez à la campagne, loin des éclairages publiques et de nuit. Prévoyez des vêtements chauds, un thermos, une lampe rouge pour ne pas vous éblouir et un siège de camping. N’oubliez pas votre appareil photo, idéalement réglé au préalable et le trépied.

Une fois arrivé sur place, fixez votre appareil photo sur un trépied, pointez la partie du ciel que vous désirez immortaliser et lancez-vous.

Si ce n’est pas déjà fait, réglez le temps de pose en fonction de la focale de votre objectif, réglez l’ouverture à la valeur minimale si votre objectif le supporte et réglez la sensibilité du boitier entre 1000 et 4000 ISO.

Vous allez devoir faire une mise au point manuelle en obtenant les étoiles les plus fines possible à l’écran, n’hésitez pas à zoomer à l’écran si vous pouvez pour être plus précis. Vous pouvez également vous aider d’un masque de Bahtinov pour réaliser la mise au point, mais c’est un peu plus compliqué. Programmez enfin le retardateur pour éviter un bouger et faite la photo. Il vous faudra certainement ajuster les précédents paramètres pour y arriver, mais cela devrait marcher après plusieurs essais.

De nos jours, les derniers modèles de smartphones, sont tout à fait capables de réaliser des photographies du ciel nocturne d’assez belle qualité, il existe même des modes préréglés pour le faire. Vous pouvez utiliser l’application Nocturne si comme moi vous avec un smartphone pas doué pour la photo.

Objectif 14 mm, 25 s de pose, ouverture f/d 2.8, 5000 ISO
Objectif 14 mm, 15 s de pose, ouverture f/d 4, 2000 ISO
iPhone SE et le logiciel Nocturne

Les comètes lumineuses sont de bonnes cibles pour ce genre d’équipement. Vous n’obtiendrez pas de grands détails de la queue mais vous pourrez réaliser de jolies photos de paysage.

Comète C2023 A3, objectif 24/70, focale 50 mm, pose de 5 s, ouverture f/d 5,6, 4000 ISO
Comète C2023 A3, objectif 24/70, focale 70 mm, pose de 6 s, ouverture f/d 2,8, 1250ISO

Avec un appareil photo et un simple trépied, vous pouvez également photographier la lune. Par contre cette fois, oubliez les objectifs grand angle et privilégiiez les grandes focales, de 200 à 600 mm voir plus.

La lune est une cible facile parce que lumineuse et elle donne de belles photographies. Vous pouvez photographier notre satellite jusqu’à une focale de 1500 mm si vous vous y prenez bien, et ça à l’aide d’un simple trépied.

Prenez un boitier plein format, un téléobjectif de 500 mm couplé à un doubleur et passez votre boitier en mode APS-C. Le temps de pose que je vous recommande est de l’ordre du 1/100 s pour contrer les vibrations et le mouvement de la lune mais vous pouvez descendre jusqu’à la seconde. Là encore, la mise appoint manuelle est recommandée mais certain appareils arrivent à gérer l’autofocus sur la lune. Pour la sensibilité, ce sera au jugé, en fonction de la phase de la lune et de sa hauteur sur l’horizon.

Lune, objectif 500 mm avec doubleur, focale 1000 mm, pose de 1/200 s, ouverture f/d 11, 500 ISO
Eclipse lunaire, 1 s, 5000 ISO, f/d 5.6, 500 mm

Vous pouvez enfin essayer de photographier les planètes Jupiter ou Saturne lorsqu’elles sont bien hautes dans le ciel, mais n’attendez pas de miracle non plus.

Jupiter, objectif 400 mm, temps de pose 1/40 s, f/d 9.5, 4000 ISO

Il est également possible de photographier le soleil, mais je vous le déconseille fortement sauf au coucher du soleil lorsque notre étoile frôle l’horizon et surtout avec les plus grandes précautions. Il vous faudra un filtre ND très puissant et en parfait état, car regarder le soleil à travers un appareil optique risque de vous décoller la rétine et détruire votre matériel.

Coucher de soleil, objectif 200/500 mm, focale 500 mm, 1/60 s, f/d 5.6, 80 ISO
Eclipse solaire, quatre images superposées, objectif 85 mm, 1/8000 s, f/d 11, ISO 100, filtre ND

Donc si vous voulez débuter en astro photographie et que vous faites déjà un peu de photo, pas besoin de vous ruiner. Prenez votre appareil et partez à quelques kilomètres de éclairages urbains, encore que pour la lune, vous pouvez la photographier sous un lampadaire.

La prochaine fois, nous parlerons de photographies avec des temps de pose supérieurs à 30s, à l’aide d’une monture équatoriale.

Le fantôme

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Après m’être fait la main sur des proies faciles, j’ai décidé de m’attaquer à des sujets plus ambitieux. Des petites choses presque invisibles qui se cachent des vivants dans les ténèbres. Pour disparaître à la vue de tous, ces spectres déjà très discrets, se terrent à proximité de brillantes lumières, qui par leur éclat, masquent les fantômes.

IC 63 est de ce genre, on la sort régulièrement pour la fête d’Halloween. Une nébuleuse de magnitude 13,3 pour sa partie la plus lumineuse, ressemblant à un fantôme, qui se cache près de Gamma Cassiopea, un phare bleu qui brille à la magnitude 2.13. 

Plus la magnitude est grande, moins l’objet est lumineux. L’œil humain peut voir des étoiles jusqu’à la magnitude 6, l’étoile polaire a une magnitude 2, la planète Venus de -2, la pleine lune -13, le soleil -27.

Une magnitude 13, dans ma lunette, c’est une lumière à peine perceptible même après cinq minutes de photographie. Après tout se tente, il suffit d’avoir les piquets.

Zéro degré, un vent de nord-est persistant, travail le lendemain, il fallait du courage pour monter au Champ du Feu. Mais la lune n’était pas encore levée et la nuit astronomique débutait vers 20h, laissant pas loin de quatre heures pour photographier avant que la constellation de Cassiopée ne soit trop basse sur l’horizon.

La première nuit, j’ai récolté pas moins de trente-six images exploitables soit trois heures de photographie. L’objet était visible, mais peu détaillé. Il me fallait plus de temps de pose pour obtenir une belle image. 

J’ai guetté une nouvelle fenêtre météorologique favorable pendant une semaine, montant même un soir pour rien alors que le ciel était incertain. Sept jours après la première série d’images, j’ai pu recommencer à shooter.

Le vent soufflait à 15/20 km/h, la température était proche de zéro. J’ai abrité mon matériel et moi même derrière la voiture pour faire paravent et j’ai relancé la session photo. Quarante images plus tard, c’est à dire presque quatre heures, j’avais emmagasiné ajouté trois heures et vingt minutes d’images de 300 secondes aux trois heures précédentes. Mon record à ce jour.

Le MacBook Pro n’a eu aucun mal à empiler ces 76 images de 300s. Après quelques minutes, j’avais devant les yeux le résultat de deux nuits de photographie. Au bout de trois tentatives de traitement des images, j’ai obtenu un résultat relativement satisfaisant.

Je m’étais déjà attaqué à la nébuleuse du fantôme l’an passé, mais hélas l’étoile avait totalement cramé mon image, la rendant quasi inexploitable. Le filtre Antila Triband a corrigé ce problème même si les imperfections optiques de la lunette Skywatcher transforment Gamma Cassiopea en phare bleu dans l’obscurité insondable.

Cette cible exigeante m’a donné confiance en moi et je pense qu’à l’avenir je vais m’attaquer à des objets moins connus et peu lumineux pour voir quelles sont les limites de mon setup.

J’ai observé mon premier OVNI

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Depuis cinquante ans que je scrute le ciel, je n’ai observé que des phénomènes naturels. Aucun vaisseau spatial, aucune rencontre du troisième type, bref rien que de la poussière d’étoiles.

Mais un jeudi soir froid, alors que je cherchais un raccourci que je ne trouverais jamais, j’ai vu un phénomène que je n’avais jamais encore observé.

Ma lunette pointait vers la nébuleuse du fantôme (sans doute un signe), mon télescope se promenait sous la voute céleste, l’appareil photo de Pierre visait le coeur et la lunette d’Eliott cherchait une galaxie perdue. 

Nous étions trois représentants de l’espèce humaine perdus dans le froid à plus de mille mètres d’altitude : un météorologue, un astrophysicien et un DRH, des témoins dignes de confiance. Bon pour le DRH je suis moins sûr…

C’est justement le DRH l’a vu. « Regardez ! » a-t-il dit en pointant sa frontale éblouissante dans notre direction. Et nous l’avons vu, d’abord la lumière crue de sa lampe blanche et ensuite, vers le sud-ouest, cette forme mouvante laiteuse barrée d’une zone sombre, avancer vers nous, entre la constellation d’Orion et les Pléiades.

Photo Pierre Suaud

L’objet de grande taille et lumineux comme la lune, bougeait vite et sans bruit, changeant progressivement de morphologie, dans un ciel sans nuage. On aurait dit une boule de coton poussée par le vent.

Pierre a juste eu le temps de l’immortaliser avec son boitier Canon et son 14 mm Samyang, car après quelques minutes, l’OVNI disparaissait vers le nord-ouest sans laisser de trace.

Nous étions trois témoins de confiance à avoir vu un objet non identifié dans le ciel Alsacien, et ce, cinq jours après le passage d’un bolide qui s’est écrasé en Allemagne.

L’invasion des profanateurs de sépultures avait-elle commencé ? Etait-ce le début de la Guerre des Mondes ? Allions-nous enfin rencontrer le troisième type ? Des auriculaires allaient-ils se raidir chez certains habitants de la Terre ?

Cela ne pouvait pas être un nuage bas, le météorologue l’aurait reconnu. Ce n’était pas une aurore boréale, l’astrophysicien l’aurait identifié. Ça n’était pas un nuage chimique d’une usine classée SEVESO, le DRH aurait viré tout le personnel de l’entreprise. 

Plusieurs hélicoptères militaires avaient survolé le Champ du Feu ce soir là. Poursuivaient-ils un mystérieux engin extraterrestre ? Ou plus simplement, les militaires expérimentaient-ils une nouvelle arme de destruction massive ? Peu probable, nous n’avions pas été kidnappés ou empoisonnés pas un gaz toxique.

L’explication tristement rationnelle provenait de Chine. Une fusée Longue Marche 8A avait décollé à 3h48 heure de Beijing pour mettre en orbite des satellites du genre Starlink. Et le nuage correspondait aux gaz rejetés par la fusée lors de son vol. Ils étaient très lumineux parce la lumière du soleil les éclairait encore du fait de leur altitude élevée.

Mais les sinistres explications scientifiques n’enlèveront rien à ce que nous avons vu. Il s’agissait bien d’un OVNI, enfin jusqu’à ce qu’on l’identifie.

Nuits blanches à Illkirch-Graffenstaden

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On dit souvent qu’un sommeil régulier est essentiel à une bonne santé. Se coucher à une heure raisonnable, avoir ses sept heures de repos, ne pas changer de rythme, etc etc.

Je n’ai manifestement pas compris le message, surtout la semaine dernière, d’ailleurs je me demande encore comment j’ai tenu le coup.

Dans mon agenda prévisionnel j’avais deux soirées de prises : un concert mardi soir et une conférence sur l’astronomie planétaire le vendredi. Rien d’insurmontable.

Mais lundi, le président de notre association a ajouté un conseil d’administration surprise le jeudi soir et moi, lorsque j’ai vu le ciel, j’ai proposé à quelques copains de partir dans les Vosges, pour photographier les étoiles le soir même.

Lundi à 16h, après le travail, j’ai filé faire les courses et une fois arrivé à la maison, j’ai déchargé les sacs pour mettre à la place lunette et télescope dans le coffre. Ensuite je suis parti vers Grendelbruch et à 18h j’installais mon setup dans la nature.

A 1h30 j’étais dans mon lit. A 6h30, je repartais travailler.

Mardi à 18h, après une journée de travail chargée, je prenais la route de Colmar pour 4h de concert de metal et cinq cent photos. Je me glissais sous la couette passé minuit, encore agité par l’énergie déployée par Omnium Gatherum.

Mercredi était une journée de télétravail bienvenue, en robe de chambre devant mon ordinateur, je récupérai au calme des deux soirées intenses. En soirée je m’attelais au développement des photos de concert et commençais à traiter la nébuleuse de la méduse photographiée lundi soir. A 21h30 je dormais à poings fermés.

Jeudi, après une grosse réunion de travail et quelques sujets épineux, je me rendais à l’observatoire de Strasbourg pour mon premier conseil d’administration de la SAFGA, l’association d’astronomie dans laquelle j’ai pris un peu plus de responsabilités récemment. A 0h30 j’étais enfin au lit.

Vendredi, après trois cafés et une ultime journée de travail qui m’a semblé très longue, je suis reparti à l’observatoire à vélo, pour une conférence passionnante sur la photographie planétaire. Evidemment, je ne me suis pas couché avant 0h30.

Samedi c’était enfin jour de repos, une vidéo à enregistrer, deux articles de blog à écrire, trois photos à sélectionner et un ciel qui se dégageait le soir. Allais-je repartir en montagne installer mon matériel et tenter une nouvelle fois la nébuleuse de la méduse ? Vous auriez fait quoi à ma place ? Vous seriez monté n’est-ce pas ? Même malgré la poussière venue du Sahara ?

Alors je suis monté avec plein de copains et nous sommes rentrés à 2h du matin. A 7h j’étais réveillé, à 9h je me préparais à traiter ma nouvelle image de la nébuleuse de la méduse. 

Pour couronner le tout, ce week-end là, se déroulait, comme tous les ans, à Rosheim, un magnifique carnaval vénitien. Allais-je partir là bas faire quelques photos ? 

Et bien non, je me suis contenté d’une promenade bucolique à la campagne. Il faut dire que je tenais à peine debout.

Le troisième âge

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Le jour de mes soixante ans, le ciel a décidé de m’offrir un beau cadeau : du soleil ! C’est vrai qu’en février en Alsace, nous avons toujours un ou deux jours de douceur ensoleillée avant le retour du grand froid grisâtre et humide qui persiste jusqu’au mois de mai.

Dès le réveil, j’ai déballé mon premier cadeau. Je suis parti au bord du Rhin chasser la galinette avec un téléobjectif. J’avais manifestement perdu la main car mes approches furtives des volatiles se sont toutes soldées par l’envol de la cible avant même que je ne puisse appuyer sur l’obturateur. 

Alors j’ai sorti la grosse artillerie, le doubleur couplé au 500 mm et le passage du capteur plein format en mode APS-C pour obtenir une focale équivalente à 1500 mm à f/d 11. Pas facile à manier, surtout avec peu de lumière. C’est avec ce bazooka que j’ai photographié une aigrette en plein décollage à plus de 150 m de distance. Quatre images de l’échassier les pied dans l’eau jusqu’au cliché en noir et blanc de don envol que j’ai finalement sélectionné. 

Pourquoi en noir et blanc ? D’abord parce que j’aime le monochrome, ensuite parce ce que cela change des habituelles photos animalières, enfin parce que l’oiseau était blanc et les arbres plutôt sombres. Ça me semblait être le bon choix.

De retour à la maison, j’ai découvert mon improbable gâteau d’anniversaire fait avec amour avant de partir me promener avec mon épouse à la campagne, sous les rayons d’un soleil quasi printanier.

Une fois rentré, comme la marque Lego n’avait toujours pas sorti le set Minas Tirith à 650 € qui aurait fait un joli cadeau d’anniversaire, je me suis lancé dans la construction de la cité blanche, capitale du Gondor. A l’aide de gravures d’époque et de photographies de Peter Jackson, bref Google Images, j’ai empilé les briques, commençant par les remparts pour continuer par le rocher et enfin assembler toutes les parties.

C’est pendant ces heures laborieuses que j’ai été interrompu par un message Whatsapp d’un copain astronome. Il me proposait de sortir en plaine. Le ciel était toujours clair, défiant toutes les prévisions alors qu’en montagne de nombreux nuages décourageaient une quelconque expédition nocturne.

J’ai laissé là la construction inachevée, j’ai chargé le chariot, rempli le coffre, abandonné femme et enfants, et je suis parti retrouver mon observateur étoilé sur une coline, à un quart d’heure de la maison. Et j’ai pointé la nébuleuse d’Orion que je m’étais juré de refaire cette année. De toute manière, c’était l’une des rares constellations épargnée par la pollution lumineuse de Strasbourg, de l’aéroport d’Entzheim et d’Obernai.

Lorsque la lunette fut prête à shooter, je l’ai laissé travailler toute seule comme une grande et j’ai chassé les amas d’étoiles et les galaxies avec la lunette de mon compagnon d’un soir. Ne croyant pas que le ciel clair se maintiendrait (j’avais pourtant étudié les prévisions et consulté les modèles consciencieusement), je n’avais pas pris la peine de m’équiper pour une longue nuit. Résultat, à 23h, j’étais frigorifié.

J’avais déjà emmagasiné plus de 160 images (avec la nébuleuse d’Orion les photos unitaires ne dépassent pas 30s sous peine de surexposer le coeur de la nébuleuse), alors j’ai remballé le matériel trempé par l’humidité et je suis rentré à la maison me réchauffer.

Mon épouse m’avait abandonné pour aller manger avec une copine, oui, le jour de mes soixante ans, une honte ! Alors j’ai mangé la dernière part de gâteau expérimental et j’ai attendu que ma chérie rentre pour me glisser sous la couette avec une bouillotte vivante.

Je venais de rentrer dans le troisième âge des Terres du Milieu comme dans celui de mon existence. A soixante ans je jouais encore au Lego, chassais les canards et rêvais de poussières d’étoiles.

Lumineuse pollution

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Nous vivons au siècle des lumières. Pas celui de Voltaire mais celui des éclairages urbains, des enseignes publicitaires, des voitures, des avions, des satellites…

Il est certes rassurant déambuler la nuit dans des rues éclairées ou de conduire avec les feux allumés, mais a-t-on besoin de laisser les vitrines allumées, de jouer aux sports collectifs la nuit dans les stades et d’avoir autant de satellites en orbite basse ?

Essayez de trouver un endroit plongé dans le noir où seule la lueur des étoiles vous offre quelques points de repères. Vous verrez toujours un halo jaunâtre à l’horizon, le lointain dôme de lumière d’une ville endormie, les feux clignotants des avions dans le ciel et les panneaux solaires des satellites Starlink qui brillent dans la nuit. 

Vous me direz, pour la poignée d’illuminés qui sortent la nuit observer les étoiles, pourquoi faire des efforts ? Principalement parce qu’il y n’a pas que ces illuminés, il y a les animaux que nos éclairages urbains perturbent.

J’habite en ville, au bord de la rue principale bardée d’éclairages LED, les pires. Mais étrangement, ce ne sont pas les lampadaires qui me dérangent le plus, ce sont les projecteurs munis de détecteurs de présence qui s’allument dès qu’une feuille bouge dans un buisson. Il y en a tout autour de moi, au nord, à l’est, et au sud. Seul l’ouest est abrité par notre maison. Si un piéton passe ou une voiture se gare à proximité, c’est un flash blanc qui illumine la nuit. Résultat, de mon jardin, je ne peux photographier qu’un quart du ciel nocturne, gêné par les toits, les arbres et bien entendu les lumières. 

A l’œil nu, je distingue à peine à constellation de la Grande Ourse, je peine à trouver l’étoile polaire et la Voie Lactée est invisible.

Lorsque j’ai une cible intéressante et que je peux photographier assez longtemps par cette étroite fenêtre, j’obtiens le plus souvent une image décevante, peu contrastée et faible en signal, même avec des filtres très restrictifs qui s’affranchissent d’une partie de la pollution lumineuse. Les lumières ainsi que la pollution atmosphérique sans parler des vibrations du sol dégradent considérablement le signal.

Pour illustrer le problème, je vous présente deux photographies traitées de l’objet Messier 45, l’amas ouvert des Pléiades, ce petit point d’interrogation que l’on peut voir à l’œil nu dans le ciel d’hiver et qui intrigue souvent les profanes en astronomie.

La première photo a été prise depuis mon jardin avec des poses unitaires de trois minutes pendant deux heures et demie.

La seconde photographie a été prise avec le même matériel à la campagne, des poses unitaires d’une minute et un temps total de deux heures et quart.

La différence saute aux yeux, les nébulosités sont nettement plus visibles sur la deuxième image alors que la première devrait être nettement plus détaillée si on considère uniquement les critères photographiques. C’est cela l’effet de la pollution lumineuse sur le ciel.

Alors, si vous voulez faire quelque chose pour lutter contre la pollution lumineuse, parlez-en à vos élus, invitez-les à observer le ciel en ville et à la campagne, éteignez les éclairages inutiles et lorsque que approchez d’astronomes amateurs en plein travail, coupez vos feux, éteignez vos lampes, vous serez les bienvenus pour observer le ciel.

En complément je vous mets quelques liens :

La carte de la qualité du ciel en France : https://lightpollutionmap.app/fr/

L’Association Nationale pour la Protection du Ciel et de l’Environnement Nocturnes : https://www.anpcen.fr

Le panier de crabes

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Le 26 décembre 2025, l’application Météo-France annonçait une froide journée ensoleillée avec une petite bise de nord-est. Le temps rêvé pour grimper en montagne installer son télescope. Oui, ça c’est ma vision de la vie, et je la partage avec moi-même.

Sauf que l’après-midi fut nuageuse et la nuit incertaine. Vous savez quand au début de journée le soleil est prévu pour briller et que heure après heure, à chaque nouvelle mise à jour des prévisions, un nuage gris occupe toute la case de l’heure courante et que les suivantes sont ensoleillées.

J’ai quand même chargé la voiture avec le Celestron, un thermos de soupe, un de thé vert et un de nouilles japonaises. Trois couches de vêtements plus tard, j’étais en route pour la montagne. 

Des nuages élevés noyaient le coucher de soleil rose et des stratus déchiquetés s’accrochaient aux sommets. Là haut, des bancs de cirrus voilaient le ciel, de la neige  fraîche recouvrait le sol et un vent glacial balayait le parking déserté. 

Il était 18h et j’étais tout seul. Aucun des fondus d’astronomie n’était là pour me tenir compagnie. Le ciel n’était pas des plus prometteurs et il faisait diablement froid. Mais j’étais monté, alors j’ai patienté un peu, assis dans la voiture, histoire de voir si le ciel allait se dégager comme annoncé.

Au bout d’une heure d’attente, les nuages se sont dissipés au nord-est, là où je voulais pointer le télescope, vers la nébuleuse du Crabe dans la constellation du Taureau. Messier 1, comme on l’appelle entre nous, est le résidu d’une supernova qui a été observée en 1054 par les astronomes chinois. Une étoile qui a explosé et dont la lumière resta visible en plein jour. Certainement un sacré spectacle !

J’ai sorti le matériel du coffre, mis en place le trépied, la monture, le télescope, la batterie, la lunette guide et les multiples câbles. 

J’ai allumé le matériel et le logiciel a demandé à réaliser une mise à jour de l’Asiair, l’ordinateur de pilotage, une muse à jour obligatoire je précise. Je déteste ce genres de surprises, elles annoncent toujours des problèmes en cascades.

Une fois l’update terminée, j’ai réalisé la mise au point, pointé l’étoile polaire, aligné la monture, lancé la calibration de l’autoguidage puis j’ai pointé le télescope vers la nébuleuse. C’est là que le logiciel a planté. J’ai tout arrêté et j’ai du toyt recommencer. L’alignement n’avait pas bougé, par contre la procédure crashait après une rotation du tube du télescope de 60 degrés, servant calcul de l’écart  du tube à l’étoile polaire. Et ce, à chaque tentative. Après plusieurs arrêts marche, le setup a bien voulu aller jusqu’au bout de l’opération.

C’est là qu’à commencé le balais des kékés sur le parking. Une voiture s’est garée face à mon matériel tous feux allumés, le moteur allumé pour profiter du chauffage et de la radio. Agaçant, d’autant que j’étais en plein réglages. Alors j’ai été saluer le conducteur, une vielle connaissance qui m’a déjà fait le coup (le monde est petit). Quand il m’a reconnu, il s’est excusé et a tout coupé, enfin ça lui a pris au moins cinq minutes pour trouver comment faire, passant des codes aux anti brouillard jusqu’au pleins phares. Ensuite d’autres énergumènes sont venus tenter des dérapages sur le parking, tous feux allumés. Pas de chance pour eux, la chaussée ne glissait pas. Mais bon, lorsqu’une voiture passe à toute pompe près de votre matériel, vous éblouissant au passage, des fois ça énerve.

Vers 20h, malgré tous ces désagréments, j’obtenais enfin ma première image de la nébuleuse du crabe. Par contre j’étais toujours tout seul sur le parking sorti de quelques visiteurs venant se garer en plein phares devant mes yeux maintenant bien accoutumés à la nuit noire. Pour occuper le temps, j’ai commencé à gribouiller ce billet sur le bloc note du téléphone. Alors si vous trouvez que cet article fait dilué, vous savez maintenant pourquoi. Les heures sont longues à veiller dans le noir.

C’est plus de deux heures plus tard, alors que je regardais un live stream de Radio Erdorin sur YouTube emmitouflée dans une couverture, installé au chaud dans la voiture, que j’ai vu une lumière rouge qui s’agitait un peu plus haut. La lumière rouge est le signe de ralliement des astronomes, une lumière qui éclaire sans éblouir et qui permet d’installer son setup et de ne déranger personne. Julien, un astronome amateur que je croise de temps en temps, venait lui aussi observer au Champ du Feu après avoir tenté sa chance un peu plus bas dans les nuages. 

Je n’étais plus seul mais je n’allais pas tarder à partir. J’avais déjà emmagasiné soixante-dix images de deux minutes de la rémanente de supernova qui dévoilait maintenant ses couleurs cyan et magenta à l’écran. Le ciel était magnifique. La lune allait bientôt se coucher en compagnie de la planète Saturne, la Voie Lactée scintillait et le vent soufflait un peu moins fort.

Julien voulait immortaliser la fameuse comète 3i/Atlas (C/2025 N1) pour les puristes, un objet interstellaire atypique de magnitude 13.1, autant dire difficile à trouver. Il testait également de nouveaux accessoires comme le plate solving (la reconnaissance  de la position du télescope dans ciel via une caméra et un atlas numérique) et le pilotage de sa monture en wifi via son smartphone.

Le temps qu’il installe son télescope, il était 23h passées et j’avais un peu plus de trois heures d’images dans la carte micro SD de l’Asiair. La batterie de mon setup commençait à donner des signes de faiblesse, il était temps pour moi de remballer.

Mais avant de partir, je voulais avoir une chance de voir cette fameuse comète.  Une fois le matériel rangé dans le coffre, je suis remonté une dernière fois voir Julien qui cherchait toujours la comète. Après plusieurs essais, dont un reflet d’étoile qui ressemblait à une queue, il est tombé sur le minuscule noyau cométaire suivi d’une queue à peine plus grande, la fameuse 3i/Atlas. Il était aux anges. Moi aussi.

Lorsque je suis parti vers 0h30, il commençait ses premières photos. Je suis redescendu dans les nuages, suivi de près par un kéké en pleins phares et zigzagant sur la route, désireux sans doute d’en découdre sur les petites routes sinueuses. Mais hélas pour lui, je roulais calmement, indifférent à son manège, préférant surveiller de près les allées et venues du gros gibier sur le bord de la route. Il m’a dépassé dans une ultime ligne droite avant Klingenthal, histoire de se prouver qu’il allait gagner la course. Bravo ! La plaine d’Alsace était endormie dans le givre blanc et je ne tardais pas à retrouver la couette chaude en rêvant de supernovae.

Le bilan de l’année 2025

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Meilleurs voeux à tous et à toutes, et merci pour votre fidélité. Je vais vous présenter mon bilan de l’année 2025.

J’ai publié une vidéo de Chroniques en Images toutes les semaines avec plus ou moins de succès. Celle de The Young Gods a été vue plus de sept cent cinquante fois, un beau succès ! Hélas, généralement, les vidéos atteignent péniblement cinquante vues. Pas de quoi pavoiser, d’autant que le nombre d’abonnés stagne toujours sous la barre des trois cents. Certains dirons que c’est lié à mon air constipé et de la platitude de mes chroniques. Je n’irai pas les contredire. Des fois je songe à me faire remplacer par mon épouse qui est très à l’aise devant un prompteur et une caméra. Le monde est vraiment trop injuste.

J’ai publié trois articles de blog par semaine et là encore, la moyenne des visiteurs quotidiens est d’une petite vingtaine si j’exclue les spammers fous et de quelques publications, comme le live report de Mystery, qui ont cartonné. Bon là encore, je plaide coupable. Mes billets partent dans tous les sens, racontant souvent n’importe quoi et n’apportent rien de plus que des sites spécialisés, mais c’est ça mon blog, et je n’ai pas l’intention de changer son contenu.

Une quinzaine de mes photographies présentées sur Flickr ont eu les honneurs de la galerie Explore et ont connu ainsi un beau succès. Sachant que je propose trois photos par semaine cela donne un taux de réussite d’environ dix pour-cent, c’est déjà pas mal. Évidemment, ce n’est jamais la photo dont je suis le plus fier qui sort du lot. Je suis clairement incompris.

J’ai couvert neuf concerts comme photographe, c’est à dire nettement plus que les deux années précédentes. Ceci s’explique par la reprise des soirées Chez Paulette mais pas que. J’ai maintenant mes entrées dans plusieurs salles de la région comme au P8 à Karlsruhe ou bien au Grillen à Colmar et également lors de festivals. J’essaye d’améliorer ma technique, de rendre mes photos plus dynamiques et de remplir moins les cartes SD de clichés inutiles.

J’ai couvert également deux spectacles de la troupe ToïToïToï dont une journée marathon avec six concerts. Je porte maintenant leur teeshirt lors de leurs évènements et je me fais plein de nouvelles amies sur Facebook. Ma femme est jalouse…

J’ai lu dix-neuf romans (un record) et une seule BD, par contre je ne compte plus les séries que j’ai regardé, chez Amazon d’abord puis chez Netflix. Je passe clairement trop de temps devant les écrans, d’ailleurs, la lampe du vidéo projecteur n’a pas survécu à cette addiction.

J’ai passé également de nombreuses nuits sous les étoiles et réalisé une trentaine de photographies du ciel profond avec la lunette de 72 cm principalement. Ma pratique de l’astro photographie se perfectionne comme mon matériel et parfois je suis presque satisfait du résultat, même s’il me reste une belle marge de progression. Évidemment, je suis très tributaire du temps alsacien et je passe mon temps à scruter les modèles météorologiques, regarder les webcams et surveiller l’application Météo-France quand je ne harcèle pas mes collègues prévisionnistes. Je travaille maintenant en imagerie HOO (hydrogène, oxygène, oxygène) qui m’offre une nouvelle palette de couleurs des plus intéressantes. Cela complique tout, mais c’est ça qui est drôle.

J’ai joué avec pas mal de réseaux sociaux, YouTube, Flickr, Facebook, BlueSkye, Mastodond, Instagram et dernièrement RedIt histoire de varier les plaisirs. J’ai rapidement dégagé Instagram et mes followers sur Mastodon ne réagissent plus à mes publications (uniquement des photos). Par contre RedIt m’amène de nouveaux visiteurs donc je porte plus mon effort sur cette plateforme pour l’instant.

Niveau santé, malgré de nombreuses nuits blanches et concerts, je souffre nettement moins de migraines et aucune ne m’a clouée au lit une seule fois cette année. Un vrai miracle ! La prostate poursuit lentement son chemin vers une opération certaine et les reins fonctionnent bon an mal an. En surveillant de très près mon alimentation et en buvant des litres d’eau qui gonflent ma vessie, j’arrive à tromper la mort. Mais pour combien de temps encore ?

La famille, c’est compliqué, mais pour qui cela ne l’ai pas ? Pour les orphelins célibataires sans frères et sœurs ? On fait avec.

Quant au travail, je me rapproche chaque jour de la retraite (bon encore quatre années avant d’en profiter). N’empêche, j’essaye de lever le pied ce qui n’est pas toujours facile.

Question finances, certains se demandent sans doute combien me rapporte toute cette activité médiatique. Zéro euros. Elle me coûte par contre beaucoup d’argent. Hébergement internet, matériel photo, ordinateur, matériel astro, kilomètres en voiture, place de concert, bières, c’est un puits sans fond, mais c’est surtout beaucoup de plaisir. Alors je crois que je vais continuer un peu. Même s’il n’y a pas grand monde à réagir à ma folie.

C’est donc reparti pour un an, désolé pour vous (après vous n’êtes pas obligé de me lire).

A très vite.

JC

La galaxie du Triangle

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La galaxie du triangle au Champ du Feu

Samedi, le brouillard noyait la plaine d’Alsace dans un épais coton gris. Quatre cents mètres plus haut, le soleil brillait sur les sommets vosgiens, et ce malgré quelques nuages élevés.

Le chariot, chargé de trois mallettes, n’attendait plus que la nuit tombe pour être transbordé dans le coffre de la voiture.

Bonnet, gants, sous gants, pantalon de ski, anorak, sous vêtements thermiques, semelles chauffantes, bottes, thermos, j’étais armé pour les grands froids.

La lune se levait après minuit ce qui me lassait plusieurs heures pour photographier la galaxie du Triangle, un objet que je n’avais jusqu’ici capturé que depuis mon jardin, en plein centre ville.

La galaxie du Triangle au centre ville

Nous approchions du maximum des géminides et pourtant le parking du Champ du Feu était désert sorti d’Eliott qui avait déjà installé son matériel. Mais qui s’intéresse aux étoiles filantes hormis lors des nuits d’été, lorsque l’on peut les contempler allongés en amoureux dans l’herbe ?

J’ai installé la lunette à côté du télescope Newton d’Eliott, et comme cela arrive de plus en plus souvent, toutes les étapes de la mise en station se sont déroulées sans anicroche.

Orientation au nord et mise à niveau du trépied, installation de la monture, de la lunette, des résistances chauffantes et des câbles, allumage, mise au point sur les étoiles, alignement sur l’étoile polaire, ciblage de la galaxie, étalonnage du guidage, nouvelle mise au point, test de différents temps de pose et lancement de l’acquisition des images.

À 21h j’obtenais déjà mon premier cliché de cinq minutes de la galaxie du triangle. Trop facile ! Mais ça n’a pas toujours été le cas.

C’est là qu’une famille est arrivée pour assister au magnifique ballet des étoiles, ce sera la seule de la nuit. Le père viendra nous trouver pour savoir dans quelle direction regarder le spectacle. Oui parce que tant qu’à faire une heure de route pour voir les étoiles filantes, on ne se renseigne pas avant sur ce que l’on va regarder.

La famille part rapidement après un pique-nique dans le noir et le passage de quelques bolides. Eliott, qui cumule des problèmes avec sa monture et la collimation de son instrument, jette l’éponge, dégouté. Saturne est dédoublée et floue dans son oculaire et malgré toutes nos tentatives de réglages, l’instrument reste myope, sans parler de sa monture EQ4 qui souffre d’un jeu la rendant quasi inutilisable.

C’est ainsi que je me retrouve seul sur l’immense parking désert en compagnie des animaux sauvages, du froid et de ma lunette, sous un magnifique ciel étoilé.

La Voie Lactée barre d’Est en ouest la voûte céleste, de la constellation d’Orion jusqu’au Cygne. La galaxie d’Andromède est bien visible à l’œil nu comme le double amas de Persée, les Pléiades, la nébuleuse d’Orion ainsi que les planètes Saturne et Jupiter.

Pendant que la caméra travaille, je contemple aux jumelles ou à l’œil nu le ciel rayé de temps à autre par une étoile filante. Le spectacle est juste incroyable !

Après avoir accumulé trente six images de trois cents secondes unitaires, c’est à dire trois heures de photographie, je range le matériel dans le coffre, enlève ma combinaison spatiale et reprend le chemin de la plaine, toujours noyée dans le brouillard et le crachin.

Difficile de faire plus triste. J’aurais pu rester et photographier une nouvelle cible mais j’ai perdu l’entraînement des longues nuits blanches d’été. Le temps de tout ranger dans la maison, il est déjà deux heures du matin lorsque je me couche.

À peine six heures plus tard, je suis debout devant un café et le MacBook pour inaugurer son premier traitement photo astro. J’avais bien installé Pixinsight (le logiciel de traitement astro) sur la machine toute neuve mais j’avais omis de remonter quelques processus comme RC Astro et le catalogue GAÏA.

Une heure plus tard, je peux enfin lancer l’empilement des photos et traiter l’image brute. La galaxie du Triangle se dévoile enfin, infiniment plus riche en détails que lorsque je l’avais photographiée en ville (merci à la pollution lumineuse), ses bras spiralés, ses étoiles mouchetées, une crème fouettée comme dirait Gribouille, notre astro-dessinateur officiel de l’association.

Il est midi passé lorsque ma photographie commence à prendre forme. Il m’aura fallu pas loin de sept heures pour capturer les images (route et réglages compris) et trois heures pour les développer. Tout ça pour une photographie de galaxie que j’avais déjà réalisée depuis mon jardin et capturée des milliers de fois par d’autres passionnés.

Le jeu en vaut-il la chandelle ? Pour moi, oui assurément ! Ce fut une nuit magique.

C’est assez réducteur

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Le télescope Schmitz Cassegrain Celestron 8 Edge HD possède une ouverture à f/d 10, c’est à dire qu’il a un diamètre de 203 mm pour une longueur focale de 2000 mm. Cela lui procure un fort grossissement mais réduit considérablement la lumière qui arrive jusqu’à l’œil. 

L’instrument est idéal pour les objets petits et lumineux comme les planètes, nettement moins pour les objets du ciel profond (nébuleuses et galaxies) qui sont le plus souvent de faible magnitude, c’est à dire peu lumineux.

En ajoutant un petit accessoire à cinq-cents euros tour de même à l’arrière du tube, il est possible de rendre l’instrument plus lumineux. Cela s’appelle un réducteur de focale, un jeu de lentilles qui ouvre le champ de votre télescope, le faisant passer de f/d 10 à f/d 7, comme si votre focale avait perdu soixante centimètres. Pour un même objet photographié, avec ce réducteur, le temps d’exposition est divisé par deux, ce qui est considérable. Mais à ce prix là, cela fait quand même réfléchir.

J’ai trouvé ce réducteur neuf, à moitié prix, sur un site de vente chinois. Alors je n’ai pas hésité une seconde. C’est après que je me suis posé des questions, mais techniques celles-là. 

Sur le télescope j’ai installé il y a quelque temps un porte oculaire Crayford qui me permet une mise au point beaucoup plus précise. La pièce d’acier pèse un kilogramme, mesure dix centimètres et se visse à l’arrière du tube. Rien n’est prévu pour visser le réducteur au Crayford si bien que j’ai ajouté entre les deux une bague d’adaptation. Le réducteur possède un back focus de dix centimètres (distance à respecter entre le capteur de la caméra et la dernière lentille du réducteur) et il pèse cinq cent grammes.

Une fois le réducteur fixé au Crayford et à la caméra, le télescope ainsi équipé est deux fois plus long et grossit de trois kilogrammes au passage, créant un terrible porte à faux sur la monture. Ce montage me permet cependant d’installer un focuseur sur le porte oculaire pour une mise au point automatique optimale.

Mais bon, cinquante centimètres de porte à faux cela fait réfléchir et puis après calcul, ma focale réelle est plus proche de 1600 mm que de 1400 mm à cause du Crayford et des allonges. Du coup je me retrouvae à f/d 8 au lieu de f/d 7. 

Alors j’ai enlevé le Crayford pour fixer le réducteur directement sur le tube. J’ai acheté un kit pour fixer le focuseur directement sur le Celestron et j’ai testé cette nouvelle configuration à f/d 7. Le focuseur fixé sur le télescope n’est vraiment pas satisfaisant en mode automatique. Le jeu du miroir (ou shifting) est tellement important que l’Asiair n’arrive pas à réaliser une mise au point satisfaisante. Du coup j’ai démonté le focuseur et suis revenu à la bonne vieille méthode du masque de Bathinov. 

En résumé, j’ai acheté un Crayford, un réducteur, un focuseur, un adaptateur pour le réducteur et un kit de fixation du focuseur sans parler des bagues d’allonge.

Mais au final, pour la photographie, je vais renoncer au Crayford, au focuseur, donc à l’adaptateur et au kit. Mon setup va maigrir d’un bon kilogramme, raccourcir de vingt centimètres et devenir deux fois plus sensible à la lumière. 

Reste à tester tout cela sur Messier 101 lorsque les nuages se décideront enfin à ce dégager, ce qui n’est pas gagné.