Le panier de crabes

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Le 26 décembre 2025, l’application Météo-France annonçait une froide journée ensoleillée avec une petite bise de nord-est. Le temps rêvé pour grimper en montagne installer son télescope. Oui, ça c’est ma vision de la vie, et je la partage avec moi-même.

Sauf que l’après-midi fut nuageuse et la nuit incertaine. Vous savez quand au début de journée le soleil est prévu pour briller et que heure après heure, à chaque nouvelle mise à jour des prévisions, un nuage gris occupe toute la case de l’heure courante et que les suivantes sont ensoleillées.

J’ai quand même chargé la voiture avec le Celestron, un thermos de soupe, un de thé vert et un de nouilles japonaises. Trois couches de vêtements plus tard, j’étais en route pour la montagne. 

Des nuages élevés noyaient le coucher de soleil rose et des stratus déchiquetés s’accrochaient aux sommets. Là haut, des bancs de cirrus voilaient le ciel, de la neige  fraîche recouvrait le sol et un vent glacial balayait le parking déserté. 

Il était 18h et j’étais tout seul. Aucun des fondus d’astronomie n’était là pour me tenir compagnie. Le ciel n’était pas des plus prometteurs et il faisait diablement froid. Mais j’étais monté, alors j’ai patienté un peu, assis dans la voiture, histoire de voir si le ciel allait se dégager comme annoncé.

Au bout d’une heure d’attente, les nuages se sont dissipés au nord-est, là où je voulais pointer le télescope, vers la nébuleuse du Crabe dans la constellation du Taureau. Messier 1, comme on l’appelle entre nous, est le résidu d’une supernova qui a été observée en 1054 par les astronomes chinois. Une étoile qui a explosé et dont la lumière resta visible en plein jour. Certainement un sacré spectacle !

J’ai sorti le matériel du coffre, mis en place le trépied, la monture, le télescope, la batterie, la lunette guide et les multiples câbles. 

J’ai allumé le matériel et le logiciel a demandé à réaliser une mise à jour de l’Asiair, l’ordinateur de pilotage, une muse à jour obligatoire je précise. Je déteste ce genres de surprises, elles annoncent toujours des problèmes en cascades.

Une fois l’update terminée, j’ai réalisé la mise au point, pointé l’étoile polaire, aligné la monture, lancé la calibration de l’autoguidage puis j’ai pointé le télescope vers la nébuleuse. C’est là que le logiciel a planté. J’ai tout arrêté et j’ai du toyt recommencer. L’alignement n’avait pas bougé, par contre la procédure crashait après une rotation du tube du télescope de 60 degrés, servant calcul de l’écart  du tube à l’étoile polaire. Et ce, à chaque tentative. Après plusieurs arrêts marche, le setup a bien voulu aller jusqu’au bout de l’opération.

C’est là qu’à commencé le balais des kékés sur le parking. Une voiture s’est garée face à mon matériel tous feux allumés, le moteur allumé pour profiter du chauffage et de la radio. Agaçant, d’autant que j’étais en plein réglages. Alors j’ai été saluer le conducteur, une vielle connaissance qui m’a déjà fait le coup (le monde est petit). Quand il m’a reconnu, il s’est excusé et a tout coupé, enfin ça lui a pris au moins cinq minutes pour trouver comment faire, passant des codes aux anti brouillard jusqu’au pleins phares. Ensuite d’autres énergumènes sont venus tenter des dérapages sur le parking, tous feux allumés. Pas de chance pour eux, la chaussée ne glissait pas. Mais bon, lorsqu’une voiture passe à toute pompe près de votre matériel, vous éblouissant au passage, des fois ça énerve.

Vers 20h, malgré tous ces désagréments, j’obtenais enfin ma première image de la nébuleuse du crabe. Par contre j’étais toujours tout seul sur le parking sorti de quelques visiteurs venant se garer en plein phares devant mes yeux maintenant bien accoutumés à la nuit noire. Pour occuper le temps, j’ai commencé à gribouiller ce billet sur le bloc note du téléphone. Alors si vous trouvez que cet article fait dilué, vous savez maintenant pourquoi. Les heures sont longues à veiller dans le noir.

C’est plus de deux heures plus tard, alors que je regardais un live stream de Radio Erdorin sur YouTube emmitouflée dans une couverture, installé au chaud dans la voiture, que j’ai vu une lumière rouge qui s’agitait un peu plus haut. La lumière rouge est le signe de ralliement des astronomes, une lumière qui éclaire sans éblouir et qui permet d’installer son setup et de ne déranger personne. Julien, un astronome amateur que je croise de temps en temps, venait lui aussi observer au Champ du Feu après avoir tenté sa chance un peu plus bas dans les nuages. 

Je n’étais plus seul mais je n’allais pas tarder à partir. J’avais déjà emmagasiné soixante-dix images de deux minutes de la rémanente de supernova qui dévoilait maintenant ses couleurs cyan et magenta à l’écran. Le ciel était magnifique. La lune allait bientôt se coucher en compagnie de la planète Saturne, la Voie Lactée scintillait et le vent soufflait un peu moins fort.

Julien voulait immortaliser la fameuse comète 3i/Atlas (C/2025 N1) pour les puristes, un objet interstellaire atypique de magnitude 13.1, autant dire difficile à trouver. Il testait également de nouveaux accessoires comme le plate solving (la reconnaissance  de la position du télescope dans ciel via une caméra et un atlas numérique) et le pilotage de sa monture en wifi via son smartphone.

Le temps qu’il installe son télescope, il était 23h passées et j’avais un peu plus de trois heures d’images dans la carte micro SD de l’Asiair. La batterie de mon setup commençait à donner des signes de faiblesse, il était temps pour moi de remballer.

Mais avant de partir, je voulais avoir une chance de voir cette fameuse comète.  Une fois le matériel rangé dans le coffre, je suis remonté une dernière fois voir Julien qui cherchait toujours la comète. Après plusieurs essais, dont un reflet d’étoile qui ressemblait à une queue, il est tombé sur le minuscule noyau cométaire suivi d’une queue à peine plus grande, la fameuse 3i/Atlas. Il était aux anges. Moi aussi.

Lorsque je suis parti vers 0h30, il commençait ses premières photos. Je suis redescendu dans les nuages, suivi de près par un kéké en pleins phares et zigzagant sur la route, désireux sans doute d’en découdre sur les petites routes sinueuses. Mais hélas pour lui, je roulais calmement, indifférent à son manège, préférant surveiller de près les allées et venues du gros gibier sur le bord de la route. Il m’a dépassé dans une ultime ligne droite avant Klingenthal, histoire de se prouver qu’il allait gagner la course. Bravo ! La plaine d’Alsace était endormie dans le givre blanc et je ne tardais pas à retrouver la couette chaude en rêvant de supernovae.

Le bilan de l’année 2025

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Meilleurs voeux à tous et à toutes, et merci pour votre fidélité. Je vais vous présenter mon bilan de l’année 2025.

J’ai publié une vidéo de Chroniques en Images toutes les semaines avec plus ou moins de succès. Celle de The Young Gods a été vue plus de sept cent cinquante fois, un beau succès ! Hélas, généralement, les vidéos atteignent péniblement cinquante vues. Pas de quoi pavoiser, d’autant que le nombre d’abonnés stagne toujours sous la barre des trois cents. Certains dirons que c’est lié à mon air constipé et de la platitude de mes chroniques. Je n’irai pas les contredire. Des fois je songe à me faire remplacer par mon épouse qui est très à l’aise devant un prompteur et une caméra. Le monde est vraiment trop injuste.

J’ai publié trois articles de blog par semaine et là encore, la moyenne des visiteurs quotidiens est d’une petite vingtaine si j’exclue les spammers fous et de quelques publications, comme le live report de Mystery, qui ont cartonné. Bon là encore, je plaide coupable. Mes billets partent dans tous les sens, racontant souvent n’importe quoi et n’apportent rien de plus que des sites spécialisés, mais c’est ça mon blog, et je n’ai pas l’intention de changer son contenu.

Une quinzaine de mes photographies présentées sur Flickr ont eu les honneurs de la galerie Explore et ont connu ainsi un beau succès. Sachant que je propose trois photos par semaine cela donne un taux de réussite d’environ dix pour-cent, c’est déjà pas mal. Évidemment, ce n’est jamais la photo dont je suis le plus fier qui sort du lot. Je suis clairement incompris.

J’ai couvert neuf concerts comme photographe, c’est à dire nettement plus que les deux années précédentes. Ceci s’explique par la reprise des soirées Chez Paulette mais pas que. J’ai maintenant mes entrées dans plusieurs salles de la région comme au P8 à Karlsruhe ou bien au Grillen à Colmar et également lors de festivals. J’essaye d’améliorer ma technique, de rendre mes photos plus dynamiques et de remplir moins les cartes SD de clichés inutiles.

J’ai couvert également deux spectacles de la troupe ToïToïToï dont une journée marathon avec six concerts. Je porte maintenant leur teeshirt lors de leurs évènements et je me fais plein de nouvelles amies sur Facebook. Ma femme est jalouse…

J’ai lu dix-neuf romans (un record) et une seule BD, par contre je ne compte plus les séries que j’ai regardé, chez Amazon d’abord puis chez Netflix. Je passe clairement trop de temps devant les écrans, d’ailleurs, la lampe du vidéo projecteur n’a pas survécu à cette addiction.

J’ai passé également de nombreuses nuits sous les étoiles et réalisé une trentaine de photographies du ciel profond avec la lunette de 72 cm principalement. Ma pratique de l’astro photographie se perfectionne comme mon matériel et parfois je suis presque satisfait du résultat, même s’il me reste une belle marge de progression. Évidemment, je suis très tributaire du temps alsacien et je passe mon temps à scruter les modèles météorologiques, regarder les webcams et surveiller l’application Météo-France quand je ne harcèle pas mes collègues prévisionnistes. Je travaille maintenant en imagerie HOO (hydrogène, oxygène, oxygène) qui m’offre une nouvelle palette de couleurs des plus intéressantes. Cela complique tout, mais c’est ça qui est drôle.

J’ai joué avec pas mal de réseaux sociaux, YouTube, Flickr, Facebook, BlueSkye, Mastodond, Instagram et dernièrement RedIt histoire de varier les plaisirs. J’ai rapidement dégagé Instagram et mes followers sur Mastodon ne réagissent plus à mes publications (uniquement des photos). Par contre RedIt m’amène de nouveaux visiteurs donc je porte plus mon effort sur cette plateforme pour l’instant.

Niveau santé, malgré de nombreuses nuits blanches et concerts, je souffre nettement moins de migraines et aucune ne m’a clouée au lit une seule fois cette année. Un vrai miracle ! La prostate poursuit lentement son chemin vers une opération certaine et les reins fonctionnent bon an mal an. En surveillant de très près mon alimentation et en buvant des litres d’eau qui gonflent ma vessie, j’arrive à tromper la mort. Mais pour combien de temps encore ?

La famille, c’est compliqué, mais pour qui cela ne l’ai pas ? Pour les orphelins célibataires sans frères et sœurs ? On fait avec.

Quant au travail, je me rapproche chaque jour de la retraite (bon encore quatre années avant d’en profiter). N’empêche, j’essaye de lever le pied ce qui n’est pas toujours facile.

Question finances, certains se demandent sans doute combien me rapporte toute cette activité médiatique. Zéro euros. Elle me coûte par contre beaucoup d’argent. Hébergement internet, matériel photo, ordinateur, matériel astro, kilomètres en voiture, place de concert, bières, c’est un puits sans fond, mais c’est surtout beaucoup de plaisir. Alors je crois que je vais continuer un peu. Même s’il n’y a pas grand monde à réagir à ma folie.

C’est donc reparti pour un an, désolé pour vous (après vous n’êtes pas obligé de me lire).

A très vite.

JC

La galaxie du Triangle

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La galaxie du triangle au Champ du Feu

Samedi, le brouillard noyait la plaine d’Alsace dans un épais coton gris. Quatre cents mètres plus haut, le soleil brillait sur les sommets vosgiens, et ce malgré quelques nuages élevés.

Le chariot, chargé de trois mallettes, n’attendait plus que la nuit tombe pour être transbordé dans le coffre de la voiture.

Bonnet, gants, sous gants, pantalon de ski, anorak, sous vêtements thermiques, semelles chauffantes, bottes, thermos, j’étais armé pour les grands froids.

La lune se levait après minuit ce qui me lassait plusieurs heures pour photographier la galaxie du Triangle, un objet que je n’avais jusqu’ici capturé que depuis mon jardin, en plein centre ville.

La galaxie du Triangle au centre ville

Nous approchions du maximum des géminides et pourtant le parking du Champ du Feu était désert sorti d’Eliott qui avait déjà installé son matériel. Mais qui s’intéresse aux étoiles filantes hormis lors des nuits d’été, lorsque l’on peut les contempler allongés en amoureux dans l’herbe ?

J’ai installé la lunette à côté du télescope Newton d’Eliott, et comme cela arrive de plus en plus souvent, toutes les étapes de la mise en station se sont déroulées sans anicroche.

Orientation au nord et mise à niveau du trépied, installation de la monture, de la lunette, des résistances chauffantes et des câbles, allumage, mise au point sur les étoiles, alignement sur l’étoile polaire, ciblage de la galaxie, étalonnage du guidage, nouvelle mise au point, test de différents temps de pose et lancement de l’acquisition des images.

À 21h j’obtenais déjà mon premier cliché de cinq minutes de la galaxie du triangle. Trop facile ! Mais ça n’a pas toujours été le cas.

C’est là qu’une famille est arrivée pour assister au magnifique ballet des étoiles, ce sera la seule de la nuit. Le père viendra nous trouver pour savoir dans quelle direction regarder le spectacle. Oui parce que tant qu’à faire une heure de route pour voir les étoiles filantes, on ne se renseigne pas avant sur ce que l’on va regarder.

La famille part rapidement après un pique-nique dans le noir et le passage de quelques bolides. Eliott, qui cumule des problèmes avec sa monture et la collimation de son instrument, jette l’éponge, dégouté. Saturne est dédoublée et floue dans son oculaire et malgré toutes nos tentatives de réglages, l’instrument reste myope, sans parler de sa monture EQ4 qui souffre d’un jeu la rendant quasi inutilisable.

C’est ainsi que je me retrouve seul sur l’immense parking désert en compagnie des animaux sauvages, du froid et de ma lunette, sous un magnifique ciel étoilé.

La Voie Lactée barre d’Est en ouest la voûte céleste, de la constellation d’Orion jusqu’au Cygne. La galaxie d’Andromède est bien visible à l’œil nu comme le double amas de Persée, les Pléiades, la nébuleuse d’Orion ainsi que les planètes Saturne et Jupiter.

Pendant que la caméra travaille, je contemple aux jumelles ou à l’œil nu le ciel rayé de temps à autre par une étoile filante. Le spectacle est juste incroyable !

Après avoir accumulé trente six images de trois cents secondes unitaires, c’est à dire trois heures de photographie, je range le matériel dans le coffre, enlève ma combinaison spatiale et reprend le chemin de la plaine, toujours noyée dans le brouillard et le crachin.

Difficile de faire plus triste. J’aurais pu rester et photographier une nouvelle cible mais j’ai perdu l’entraînement des longues nuits blanches d’été. Le temps de tout ranger dans la maison, il est déjà deux heures du matin lorsque je me couche.

À peine six heures plus tard, je suis debout devant un café et le MacBook pour inaugurer son premier traitement photo astro. J’avais bien installé Pixinsight (le logiciel de traitement astro) sur la machine toute neuve mais j’avais omis de remonter quelques processus comme RC Astro et le catalogue GAÏA.

Une heure plus tard, je peux enfin lancer l’empilement des photos et traiter l’image brute. La galaxie du Triangle se dévoile enfin, infiniment plus riche en détails que lorsque je l’avais photographiée en ville (merci à la pollution lumineuse), ses bras spiralés, ses étoiles mouchetées, une crème fouettée comme dirait Gribouille, notre astro-dessinateur officiel de l’association.

Il est midi passé lorsque ma photographie commence à prendre forme. Il m’aura fallu pas loin de sept heures pour capturer les images (route et réglages compris) et trois heures pour les développer. Tout ça pour une photographie de galaxie que j’avais déjà réalisée depuis mon jardin et capturée des milliers de fois par d’autres passionnés.

Le jeu en vaut-il la chandelle ? Pour moi, oui assurément ! Ce fut une nuit magique.

C’est assez réducteur

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Le télescope Schmitz Cassegrain Celestron 8 Edge HD possède une ouverture à f/d 10, c’est à dire qu’il a un diamètre de 203 mm pour une longueur focale de 2000 mm. Cela lui procure un fort grossissement mais réduit considérablement la lumière qui arrive jusqu’à l’œil. 

L’instrument est idéal pour les objets petits et lumineux comme les planètes, nettement moins pour les objets du ciel profond (nébuleuses et galaxies) qui sont le plus souvent de faible magnitude, c’est à dire peu lumineux.

En ajoutant un petit accessoire à cinq-cents euros tour de même à l’arrière du tube, il est possible de rendre l’instrument plus lumineux. Cela s’appelle un réducteur de focale, un jeu de lentilles qui ouvre le champ de votre télescope, le faisant passer de f/d 10 à f/d 7, comme si votre focale avait perdu soixante centimètres. Pour un même objet photographié, avec ce réducteur, le temps d’exposition est divisé par deux, ce qui est considérable. Mais à ce prix là, cela fait quand même réfléchir.

J’ai trouvé ce réducteur neuf, à moitié prix, sur un site de vente chinois. Alors je n’ai pas hésité une seconde. C’est après que je me suis posé des questions, mais techniques celles-là. 

Sur le télescope j’ai installé il y a quelque temps un porte oculaire Crayford qui me permet une mise au point beaucoup plus précise. La pièce d’acier pèse un kilogramme, mesure dix centimètres et se visse à l’arrière du tube. Rien n’est prévu pour visser le réducteur au Crayford si bien que j’ai ajouté entre les deux une bague d’adaptation. Le réducteur possède un back focus de dix centimètres (distance à respecter entre le capteur de la caméra et la dernière lentille du réducteur) et il pèse cinq cent grammes.

Une fois le réducteur fixé au Crayford et à la caméra, le télescope ainsi équipé est deux fois plus long et grossit de trois kilogrammes au passage, créant un terrible porte à faux sur la monture. Ce montage me permet cependant d’installer un focuseur sur le porte oculaire pour une mise au point automatique optimale.

Mais bon, cinquante centimètres de porte à faux cela fait réfléchir et puis après calcul, ma focale réelle est plus proche de 1600 mm que de 1400 mm à cause du Crayford et des allonges. Du coup je me retrouvae à f/d 8 au lieu de f/d 7. 

Alors j’ai enlevé le Crayford pour fixer le réducteur directement sur le tube. J’ai acheté un kit pour fixer le focuseur directement sur le Celestron et j’ai testé cette nouvelle configuration à f/d 7. Le focuseur fixé sur le télescope n’est vraiment pas satisfaisant en mode automatique. Le jeu du miroir (ou shifting) est tellement important que l’Asiair n’arrive pas à réaliser une mise au point satisfaisante. Du coup j’ai démonté le focuseur et suis revenu à la bonne vieille méthode du masque de Bathinov. 

En résumé, j’ai acheté un Crayford, un réducteur, un focuseur, un adaptateur pour le réducteur et un kit de fixation du focuseur sans parler des bagues d’allonge.

Mais au final, pour la photographie, je vais renoncer au Crayford, au focuseur, donc à l’adaptateur et au kit. Mon setup va maigrir d’un bon kilogramme, raccourcir de vingt centimètres et devenir deux fois plus sensible à la lumière. 

Reste à tester tout cela sur Messier 101 lorsque les nuages se décideront enfin à ce dégager, ce qui n’est pas gagné.

Le bilan de l’été

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Malgré une météorologie des plus liquides,  l’été 2025 aura aussi offert quelques belles périodes ensoleillées. Certes, cela s’est accompagné de canicule, mais la nuit, à plus de mille mètres d’altitude, les températures sont restées relativement fraîches. Du coup, c’est au sommet des Vosges que j’ai veillé le plus souvent quand ma famille étouffait en plaine.

Cette année j’ai résolu de nombreux problèmes techniques avec mes instruments d’observation et j’ai également commencé à utiliser des filtres sur la caméra couleur. J’ai amélioré le guidage de la monture équatoriale, ce qui a permis des expositions plus longues avec les télescopes. J’ai aussi commencé à photographier le même objet pendant plusieurs soirées, augmentant considérablement le temps d’acquisition. J’ai aussi opté pour le traitement HOO des images obtenues, ce qui change pas mal de choses.

Expositions plus longues, filtres, traitement, mes clichés d’astronomie commencent à ressembler à quelque chose et mes mentors me donnent maintenant du B au lieu du C- de mes débuts. Je progresse donc un peu.

Je suis sorti le plus souvent possible, même les jours de travail. J’ai installé un matelas dans la voiture, pour me reposer un peu et je maîtrise de mieux en mieux les micro siestes au travail comme à la maison.

Par contre, la pleine lune à trop souvent concordé avec les nuits de ciel clair et j’ai dû chercher des cibles à l’opposé de notre satellite, ce qui a limité mes choix. J’ai principalement photographié des nébuleuses, les dentelles du Cygne, la Lyre, Dumbbell, Rosette, le Sorcier, la trompe de l’éléphant, Pac-Man, des cibles faciles, mais bon je suis encore en rodage.

Comme à chaque fois ou presque, j’ai retrouvé des copains sur le parking du Grand Pré ou des curieux avec qui j’ai passé une partie de la nuit. C’est aussi pour ces rencontres nocturnes que je fais de l’astronomie. Si j’utilisais un instrument en remote, je ferais probablement plus de photographies et sans doute dans de meilleures conditions mais j’aime sous les étoiles à discuter avec des gens pendant que le matériel cible un objet lointain.

NINA

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Nina est le prénom du chanteuse allemande bien connue et que j’adore mais également l’acronyme d’un logiciel d’astronomie. Et pas de chance pour vous, je vais parler du logiciel.

Pour pratiquer l’astro-photo, j’utilise un ASIAIR qui est en réalité un ordinateur de poche. Il permet de piloter la monture, le moteur de mise au point, le guidage, les caméras et empile les images. Bref il fait tout le travail, est assez simple d’utilisation et peu encombrant. Il nécessite juste un smartphone ou une tablette pour piloter son interface.

NINA est une application sous Windows qui fait globalement la même chose que l’ASIAIR en s’appuyant sur d’autres outils comme par exemple PHD2. Alors pourquoi NINA ? Par curiosité et pour aller plus loin.

J’avais déjà le PC portable dont je me sers pour faire de la photo planétaire, il ne me restait plus qu’à installer plein de logiciels et drivers pour essayer de faire fonctionner mon setup astro avec NINA.

L’étape une consistait à ce que le logiciel dialogue avec mon matériel, à savoir une monture AM5, une caméra ASI533 MC, une caméra ASI120 mini et un EAF ZWO. Tout ça avec le moins de câbles possibles reliés au PC pour éviter un sac de noeuds.

Le logiciel Ascom est fait pour cela. Il sert de driver universel pour presque tous les équipements à condition de lui adjoindre les drivers de ZWO.

Pour limiter le nombre de câbles, j’ai utilisé le wifi de la monture AM5 et branché tous les autres équipements en USB sur la caméra ASI533MC. Du coup, le PC n’est relié au matériel que par un long câble USB. Et tout fonctionne. Enfin tout, le logiciel PHD2 utilise la caméra principale pour le guidage. Il est nécessaire de passer par le driver Ascom et de sélectionner ensuite manuellement l’ASI120 pour que cela fonctionne correctement. Bon il faut dire que les deux caméras passent sur le même câble USB.

Pour l’autoguidage, il fallait installer le logiciel PHD2 dont j’ai parlé plus haut. Pour le plate solving, c’est à dire la reconnaissance de la position de la monture via une caméra, il fallait ajouter ASTAP et pour la mise en station de la monture il fallait ajouter l’extension TSSA. Tout plein d’outils différents que je devrai maîtriser pour réussir à faire aussi bien qu’avec un ASIAIR. Je commençais à comprendre en quoi la sortie de ce petit accessoire de ZWO avait été une révolution.

L’éclipse totale

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Le soir du dimanche 7 septembre 2025, se produisait une éclipse lunaire totale en France. Notre satellite totalement éclipsé se levait vers 20h sur la forêt noire et retrouvait son aspect habituel passé 22h, un peu plus haut dans le ciel.

C’est sur la digue de Plobsheim, face au Rhin et à l’Allemagne que certains d’entre nous avaient établi leur campement. Intégralement aspergé de répulsif aux moustiques, équipé de deux appareils photos avec un grand angle et un téléobjectif ainsi que deux trépieds et un siège de camping, je m’étais installé plein Est pour ne rien manquer de l’événement.

Hélas, le ciel était voilé, particulièrement vers l’horizon Est. À 20h, point de satellite au-dessus de la Forêt Noire. Ce n’est que trente minutes plus tard que mon œil a cru discerner une vague lueur rougeâtre que l’objectif de 500 mm à peu après confirmé. La Lune apparaissait enfin. À partir de là, les yeux comme les objectifs se sont tous pointés vers le levant.

Malgré une minutieuse préparation, mon unique image de la totalité est floue. Trop de nuages, pas assez de lumière et une mise au point que j’aurais dû réaliser sur une étoile avant de chercher à résoudre la Lune.

Au 50 mm je tentais une superposition d’images toutes les cinq minutes pendant qu’au téléobjectif 500 mm je capturais l’astre en gros plan ce qui le laissait du temps malgré tout pour admirer le spectacle.

Des navires de croisière passaient sur le Rhin alors que la Lune passait du rouge sang au jaune en s’élevant dans le ciel au milieu des nuages filamenteux. Les personnes n’osaient briser le silence magique qui s’était installé et mon alarme m’indiquant qu’une nouvelle photo devait être prise fit sursauter tout le monde (pardon les gens).

Sur une quarantaine de photos, une seule a trouvé grâce à mes yeux, la fin de la totalité capturée au 500 mm. Ma pitoyable tentative de surimpression s’est soldée par un échec et les autres images manquent de netteté à cause des cirrus ou d’une exposition mal gérée. Mais rien que pour cette photo je suis content de la sortie.

J’ai tout de même essayé avec Photoshop une supposition des cinq photographies de la Lune au-dessus du Rhin alors que l’éclipse s’achevait. Une image toutes les cinq ou six minutes prises au 50 mm, champ qui devait me permettre de cadrer la fin de la totalité jusqu’à la fin de l’éclipse. Bon le résultat n’est pas terrible, surtout la quatrième lune qui est noyée dans les nuages.

Le prochain rendez-vous avec une éclipse lunaire totale aura lieu le 31 décembre 2028, autant dire qu’il n’y aura pas foule dehors.

La passion selon JC

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Cornelis Engelbrechts. 1468-1533. Leyde. La Passion du Christ. vers 1515. Clermont Ferrand. Musée des Beaux Art. Maniérisme gothique.

Un jour, une amie m’a demandé pourquoi je passais mes nuits à photographier des étoiles que d’autres avaient déjà capturées de bien plus belle manière. Sa question était formulée de façon nettement plus directe, mais c’était l’idée.

Cette question s’applique en réalité à tous mes loisirs et ceux de mon épouse. Pourquoi s’offrir du matériel photo pour réaliser des clichés sans grand intérêt ? Pourquoi accumuler des heures d’images que le télescope Hubble a magnifiquement immortalisé ? Pourquoi parler d’albums que d’autres ont déjà chroniqué ? Pourquoi jouer des œuvres au piano et au violoncelle que des artistes professionnels interprètent superbement ? À quoi tout cela rime-t-il ?

À meubler le temps libre, à dépenser la paye ? À la place nous pourrions soigner notre jardin, briquer l’intérieur de la maison, faire du sport, manger dans des restaurants étoilés, passer des vacances dans un club à Ibiza, découvrir le monde, faire du shopping, rouler dans une grosse voiture… Mais non. Cela ne nous attire pas.

Nous sommes des passionnés. Une forme aiguë de névrose qui touche une petite portion de la population. 

Je connais des personnes qui ne sont pas atteintes de cette maladie. Elles travaillent, font des enfants, passent des heures en repas de famille, partent en vacances dans des clubs où elles n’ont rien à gérer, dorment sur des transats à la plage, ne s’intéressent à rien en particulier, restent politiquement correctes, aiment le confort et l’argent. À l’exact opposé de mes aspirations.

Les passionnés sont de grands enfants qui se distraient avec des jouets improbables. Ils sont souvent perçus comme des François Pignon en puissance par ceux qui ne s’intéressent pas à leur domaine de prédilection. Des incompris souvent moqués qui pourtant occupent leur temps libre sans trop s’abrutir sur Internet ou devant la télévision.

Quelques uns d’entre eux atteignent l’excellence et même dépassent les compétences de certains professionnels, ceux qui vivent de leur passion. Une petite poignée d’entre eux sont reconnus dans leur univers pour leur savoir et leurs compétences.

Bon d’accord, ce n’est pas mon cas, n’empêche, je suis un passionné.

Chroniques de la Lune Noire

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Le samedi 23 août 2025, un phénomène astronomique, qui ne se produit que tous les trente-trois mois, venait de survenir : la Lune Noire. Un évènement unique en son genre abondamment relayé par la presse : TF1, le Télégramme, Le Figaro et j’en passe.

La Lune Noire annonçait-elle la fin du monde, l’extinction de l’humanité, le réveil des loups garous ? Si vous vouliez le savoir, il fallait lire l’article.

Grace à la Lune Noire vous alliez enfin pouvoir admirer la Voie Lactée en sortant un peu des zones urbaines. Oui parce que c’est bien connu, la Voie Lactée, on ne peut la regarder qu’un jour tous les trente-trois mois…

Mais qu’ai-je donc admiré lundi dernier moi ? Ce truc laiteux partant de la constellation de Persée pour allez se noyer au Sud près du Sagittaire. Sans doute une très grosse traînée d’avion.

La Lune Noire est la dernière trouvaille des médias en manque d’articles pour remplir quelques lignes avec un titre racoleur. Super Lune, Lune Rousse, Lune de Sang, Lune Noire… Vous l’avez-vu ma Lune ?

La Lune Noire n’est que une nouvelle Lune. D’ailleurs le terme Lune Noire n’est pas une dénomination astronomique. La nouvelle Lune se produit tous les 29,5 jours. Et oui, sans surprise, on voit mieux la Voie Lactée et les étoiles les nuits de pleine lune, lorsqu’il fait bien noir.

Les médias sont débiles, mais les gens le sont plus encore (désolé les gens, mais c’est tellement vrai). Lors d’une grande panne de courant à New-York, les ricains ont appelé Police Secours pour signaler une étrange bande laiteuse dans le ciel nocturne. C’était la Voie Lactée…

J’attends avec impatience l’article de presse qui écrira qu’il fait jour en plein jour, vers midi, on appellera ça le Soleil Jaune. Un phénomène qui ne se produit qu’une fois par jour.

En attendant, dimanche 7 septembre à partir de 20h00 en Alsace, à l’horizon Est, la Lune se lèvera complètement éclipsée, un événement à ne pas manquer si vous avez l’occasion de mettre le nez dehors. Celui-ci ne se produit pas tous les jours.

Hoo !

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Nébuleuse de la Trompe d’éléphant

Chez les photographes le débat entre les partisans de la retouche et ceux du développement fait rage depuis l’avènement du numérique. 

Où s’arrête la photographie et où commence l’image de synthèse ? Avec l’arrivée de l’IA générative, même les fervents adeptes de Photoshop commencent à poser des limites éthiques. 

Il est possible d’effacer des personnages, d’enlever des objets disgracieux, de transformer une journée ensoleillée en matin brumeux, de remplacer un ciel par un autre, d’inventer une partie du cliché, voire de fabriquer de toute pièces un paysage grâce à l’IA générative. 

Alors à quel moment une photo n’est plus qu’une image numérique ? Je n’ai pas la réponse à cette question. Personnellement, j’use le moins possible de ces traitements qui substituent une réalité à une autre plus virtuelle. Je n’utilise pas Photoshop mais Lightroom et je n’utilise l’IA que pour réduire le bruit et supprimer de tous petits détails que je n’avais pas noté en réalisant le cliché. Mais ça c’est en photo.

Nébuleuse du Sorcier

En astro photo, tout est différent. Car qu’est-ce qu’une image en astronomie ? Un signal extrêmement faible, souvent imperceptible par l’œil humain, amplifié par un instrument et une caméra puis délinéarisé dans un logiciel pour transformer des fréquences presque invisibles en couleurs. 

Des fréquences invisibles comme l’infrarouge ou l’ultraviolet que les caméras captent et auquel on attribue arbitrairement des couleurs. Lorsque vous regardez une image du télescope Hubble ou James Web, vous ne voyez pas la réalité, vous voyez différentes longueurs d’ondes colorées puis additionnées pour fabriquer une photographie.

Par exemple James Web ne voit que dans l’infrarouge, autant dire que ses couleurs ne reflètent jamais la réalité. 

En astronomie, certains utilisent des filtres qui ne laissent passer que certaines longueurs d’ondes ou bloquent certains rayonnements. L’image obtenue est inévitablement biaisée par rapport à la réalité.

J’ai commencé la photographie astro avec un appareil Nikon non défiltré, c’est à dire dont le capteur bloque une partie de l’infrarouge, comme tous les boîtiers photos grand public. Ensuite j’ai utilisé une caméra qui capte tout le spectre, visible et invisible, augmentant considérablement la sensibilité de mon setup. Puis j’ai ajouté un filtre UV/IR Cut pour supprimer les ultraviolets et les infrarouges des éclairages urbains qui polluent les images. Enfin j’ai utilisé un filtre tri bandes qui ne laisse passer que des plages étroites de longueur d’onde, hydrogène, oxygène, souffre. Mes photos ne reflétaient plus vraiment la réalité mais avaient gagné en netteté.

Nébuleuse Dumbbell

Il y a peu j’ai publié une photo de la nébuleuse de la Trompe d’Eléphant et un de mes mentors m’a conseillé de la traiter en HOO, c’est à dire avec les longueurs d’onde de l’hydrogène et l’oxygène. 

Oui mais comment ? Et quel intérêt ? Il m’a envoyé un tutoriel basé sur le logiciel Pixinsight et j’ai essayé. La vidéo dure plus d’une heure et contient plein de concepts qui sont loin d’être évidents. Il m’a fallu deux visionnages avec de multiples arrêts sur images et quelques notes pour comprendre l’idée.

Le principe est d’attribuer une couleur, rouge, vert ou bleu, à une une longueur d’onde particulière. Rouge pour l’hydrogène, vert et bleu pour l’oxygène. Ensuite on isole ces couleurs avec des masques pour les traiter de manière indépendante pour enfin tout assembler pour fabriquer une image.

En réalité c’est un peu plus compliqué. En astro photographie, on va tout d’abord étirer l’histogramme des lumières pour amplifier certaines parties et en atténuer d’autres. On va également séparer les étoiles de l’objet photographié pour les traiter indépendamment. Souvent on choisit de réduire le nombre d’étoiles. On assombrit le fond du ciel pour éviter d’obtenir une voûte céleste grise. Bref on bidouille pendant des heures.

À la fin que reste-il de la réalité ? Nous avons filtré les fréquences, amplifié la lumière, enlevé les étoiles, assombri le ciel, attribué des couleurs arbitraires à certaines fréquences, rehaussé des couleurs, estompé d’autres, supprimé des étoiles, ajouté du contraste, réduit le bruit et fabriqué une photographie avec tous ces éléments additionnés.

Nébuleuse du Cocon

Certains astronomes amateurs s’insurgent à raison contre ces pratiques. Car l’information qui pourrait servir à la recherche disparaît lors du traitement de la photographie. Si on n’utilise pas des filtres étalonnés, des caméras spécifiques et des traitements non destructifs, l’image n’est plus exploitable pour la science.

Personnellement, je fais des photographies astro pour la beauté de l’image, pas pour la science. Et le traitement HOO m’offre une toute nouvelle palette de couleurs pour composer des images spectaculaires même si elles sont peu scientifiques. 

Un jour je changerais peut-être d’avis, j’utiliserais une caméra monochrome et des filtres étalonnés. Mais pour l’instant, je me fais juste plaisir.