Déchet ultime

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Saviez-vous que votre ami félin contribue pour une part non négligeable à la production de déchets ultimes ?

Non ?

Alors je vous explique :

Cette douce fourrure qui aime ronronner sur vos genoux lorsque vous regardez une série, en plus d’être un serial killer pour oiseaux, un psychopathe paranoïaque, un esclavagiste patenté, se trouve être indirectement sans doute, un pollueur hors norme.

A votre avis, combien de vidéos de chatons débiles sont visionnées par jour sur YouTube, Facebook, Vimeo ? Combien de photos de parasites sont publiés sur la toile puis partagées sur les réseaux sociaux ?

Après être un plat très prisé des asiatiques, le chat est devenu l’animal de compagnie favori des français. Petit, il ne demande que peu de soins, quelques croquettes, du chauffage et une caisse de sable pas trop sale.

Et le problème est là. 

Contrairement au chien qui pisse sur votre porte et pose ses étrons fumants au milieu du trottoir, le chat fait tout cela sur une litière et parfois hélas dans les bacs des plantes de maison.

La caisse du chat, installée dans un lieu stratégique de l’habitation, est l’objet de tous les soins de la part des esclaves du félin. Pas ou peu entretenue en temps et en heure, elle devient une bombe sale à retardement. Le choix de la litière est très important pour bien absorber les liquides toxiques et les quenelles explosives. De toute manière, si le sable ne convient pas au quadrupède miaulant, vous vous en rendez compte très rapidement.

Le sable doit être remplacé régulièrement pour évacuer les boulettes agglomérées et les dates indigestes. Le plus souvent il s’agit de roche calcaire broyée, un produit non recyclable, non incinérable, bref, un déchet ultime.

Étant donné le nombre de chasseurs de souris par foyer en France, le problème devient critique. Que faire de ce sable ?

Si vous avez des enfants, vous pouvez regarnir régulièrement leur bac à sable au fond du jardin avec. Ils adoreront ces petites choses noires qui leur permettront de décorer leurs châteaux comme les boulettes ammoniaquées inspireront certainement leur créativité débridée. Mais pas certain que le pédiatre apprécie et surtout veillez à ce qu’ils ne confondent pas les excréments avec des Kinder Surprise, encore que l’on peut se poser la question de savoir ce qui est le pire pour la santé.

Vous pouvez également décorer l’allée du jardin avec ces déchets au lieu d’utiliser des gravillons ou avec, garnir le fond de l’aquarium de poissons exotiques. Vous pouvez amener les sacs à la mer pour compenser le sable ramassé par les touristes et par le BTP chaque année. C’est également un bon moyen pour lutter contre la montée des eaux.

Je déconseille toutefois aux bobos écolos de fabriquer des briques avec pour élever une dépendance, une cabane de jardin ou une extension à la maison. Le dosage sable pétoules urine et argile sera complexe, ensuite ne perdez pas de vue que si le sable est un déchet ultime, la merde non.

Fort de ce constat, n’ayant plus d’enfant qui joue dans le bac à sable où poussent mes carottes, possédant déjà des gravillons dans mon allée et habitant loin de la mer, je me retrouve avec un cas de conscience : comment gérer la caisse du chat ?

Je pourrais foutre le chat dehors dès qu’il manifeste l’envie de pisser ou chier, comme le font les propriétaires de chiens, mais la bête est sournoise et pourrait bien revenir miauler à la fenêtre sans s’être allégée. Je pourrais lui mettre un bouchon ou ne lui donner que du poulet cuit à manger (constipation garantie), mais voilà, j’aime un peu ce parasite.

Alors je vais essayer le sable bio bobo, des copeaux de bois que je pourrai mettre au compost avec mes épluchures de légumes et mes mauvaises herbes en espérant que Madame trouvera la litière à son goût sinon nous serons dans la merde.

En attendant n’achetez plus de chatons, allez à la SPA récupérer un psychopathe abandonné. Il vous en sera peut-être reconnaissant un jour. Dans tous les cas coupez leurs coucouniettes et opérez ces dames, il y a vraiment trop de chats sur la planète. Et surtout, arrêtez de regarder, partager, commenter des vidéos chats sur Internet, pour limiter votre empreinte carbone et gagner un temps libre considérable.

The Game

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Je fais partie des pionniers du numérique français : la première machine sur laquelle j’ai programmé était un TRS 80 de Tandy et j’ai commencé à surfer sur le net aux débuts du web avec Compuserve. Bref je suis un vieux con.

Alors lorsque Alessandro Baricco a publié son essai sur le monde numérique, je me suis précipité chez mon libraire. Car si je suis Mac, iPhone, blogueur, surfeur, je lis encore des livres papiers et écoute des vinyles. 

Alessandro nous raconte l’avènement du numérique, cette révolution technologique et sociale, partant du postulat que les souffrances du XXème siècle ont engendré ce deuxième monde immatériel. J’avoue qu’au début sa thèse m’a laissé quelque peu sceptique lorsque je l’ai écouté présenter son livre sur ARTE dans le 28 Minutes. Il a cependant fini par me convaincre avec ses mots, mais je suis un garçon influençable.

A l’aide de plusieurs moments forts de cette épopée née dans la Silicon Valley (le Web, le moteur de recherche Google, Amazon, l’iPhone, Facebook), présentant quelques piliers de cette construction et traçant pour nous une carte du monde numérique, il raconte l’évolution de notre société, ses résistances, ses paradoxes avec une certaine distance cependant.

Moi qui baigne dans ce monde numérique, j’ai pris conscience de bien des postures, des paradoxes de ce miroir de notre quotidien dans lequel nous passons de plus en plus de temps. Sans être d’accord avec toutes ses assertions (il est artiste, je suis rationnel), il m’a ouvert les yeux sur la révolution culturelle que représente Internet et m’a fait réfléchir à bien des sujets comme ce qu’est aujourd’hui La Vérité dans ce monde deux point zéro.

J’ai pris conscience du Tout en lisant ce livre alors que j’en use chaque jour, l’accès à tous les contenus moyennant pas grand chose. J’ai également découvert que le Mouvement Cinq Etoiles était né sur la toile.

Le livre possède quelques lacunes (je regrette qu’il ait passé sous silence une des grandes révolutions de cette époque, à savoir l’avènement du libre, que ce soit celui de la création artistique ou celui du logiciel), mais il fera réfléchir ceux qui ne le font pas souvent (moi le premier) sur ce nouveau monde fait de réseaux sociaux, d’applications connectées, de jeux, ce monde qu’Alessandro appelle The Game.

Et vous ?

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C’est amusant, j’ai comme l’impression que les médias se répètent sans cesse : « Le mois de juillet le plus chaud », « Une année record », « Deux canicules en un mois », « La planète se réchauffe », « Les glaciers reculent », « La banquise a déjà fondu », « Djakarta sous les eaux », « Record de pollution », « Tornade sur le Luxembourg »…

Pendant ce temps Donald veut racheter le Groenland, Michel se moque de Greta et Emmanuel part en vacances.

Soudain certains s’inquiètent de l’empreinte énergétique d’Internet, se lamentent sur les incendies de forêt et s’étonnent de tous ces phénomènes météorologiques violents.

Oui la planète se réchauffe, ce n’est pas faute de l’avoir dit et écrit, et oui c’est de notre faute. Oui les phénomènes extrêmes sont en augmentation et oui nous allons régulièrement battre de nouveaux records de température et manquer d’eau.

Alors dépêchons-nous de visiter le Pole Nord avant qu’il ne fonde, d’installer la climatisation dans nos maisons, de creuser une piscine dans le jardin et de rouler en voiture électrique.

Nous avons encore une chance de calmer l’embolie climatique, mais nous devons nous dépêcher. Si nous ratons le coche, ce ne sera pas un degré de plus, mais deux, trois, quatre peut-être que notre atmosphère gagnera en moyenne d’ici la fin du siècle.

Vous avez une idée des dégâts que cela occasionnera ? Regardez déjà ce qui se passe avec un degré de plus actuellement. Ce sera bien pire.

En attendant que nos hommes politiques cessent de penser à leur réélection, au PIB, aux entreprises du CAC 40 et qu’ils prennent enfin de réelles mesures contre le réchauffement climatique, moi que puis-je faire ?

Même si c’est une goutte dans l’eau, je vais : ne pas installer de climatisation dans la maison, ne pas changer de voiture tant qu’elle roule, ne pas prendre l’avion, baisser le thermostat du chauffage à 17 C, prendre moins de douches quitte à ne pas sentir la rose, acheter local et bio tant qu’à faire, me déplacer le plus souvent possible à vélo, sinon en transports en commun ou à pied, cesser de perdre du temps sur Internet à regarder des vidéos de chatons, ne pas remplacer mon smartphone tant qu’il fonctionne, manger moins de viande, acheter moins d’objets non indispensables, voter écologiste à chaque élection et continuer de poster ce genre de billets pour vous demander : Et vous ? Qu’allez-vous faire ?

La coupure

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J’espère que je vous ai manqué. Et vous, m’avez-vous manqué ? Mais oui vous m’avez manqué.

Quinze jours sans Internet, est-ce possible ? Je vais être honnête, je n’ai pas totalement déconnecté. Une fois par jour je relevais mes deux boites aux lettres et allait sur les réseaux sociaux, j’ai même surfé un peu, mais par nécessité. 

Lorsque vous attendez une commande, un message perso de Kate Bush, que vous voulez connaître les horaires d’ouverture d’un parc, regarder la météo, mettre à jour le code de votre webzine ou consulter une recette de cuisine, comment faire aujourd’hui sans Internet ? 

Oui, je l’avoue j’ai triché.

Le mail c’était pour gérer les urgences et vider peu à peu les sollicitations inutiles. Les réseaux sociaux pour surveiller d’éventuels dérapages et bannir toutes les publicités. Je n’ai pas liké, pas commenté, pas répondu aux messages, pas envoyé de mail, si un seul en fait, pour répondre à Kate, à part ça j’ai communiqué uniquement avec des êtres humains. 

La tentation était pourtant bien là, mais de moins en moins forte au fil des jours. J’ai même arrêté mon rituel trois expressos quotidiens le remplaçant par un thé vert matinal et un expresso digestif. Par contre j’ai continué d’écrire off line sur mon smartphone sans réseau, car je ne peux m’empêcher d’écrire, un roman est en route. J’ai chroniqué également, mais à vitesse réduite. 

Zénitude. N’allez pas croire que ma tête n’a pas explosé pour autant, ça aurait été trop beau, j’ai eu droit à un magnifique feu d’artifice le quatorze juillet, mémorable. A la rentrée rendez-vous au service anti-douleurs pour essayer de trouver un nouveau protocole de survie. 

J’ai écouté du prog mais aussi le dernier Bruce Springsteen, au passage un peu décevant à cause des arrangements, et quelques vieilles galettes en mode nostalgique. Presque que des vinyles car j’avais le temps de me poser dans le salon et déguster. 

J’ai fait quelques photos, animaux, tourisme, astronomie, filles nues, que pour le plaisir. J’ai bricolé, soigné mon potager, construit une maison, lu beaucoup, regardé quelques films, visité ma belle région car même chez sois il est possible de voyager.

Le sevrage internet a eu cependant des conséquences sur mon mental déjà très fragilisé et il se peut que quelques exagérations se soient glissées dans mon propos, sauras-tu les trouver ?

Le programme des vacances

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Pendant quinze jours, je vais couper le cordon ombilical qui me nourrit. Je vais fermer le webzine, fermer le blog, essayer ne de plus aller sur Facebook ni Twitter et ne lire qu’occasionnellement ma boite mail perso. J’appelle cela des vacances, même si quelque part cela ressemble plus à une torture ou bien à un programme de sevrage.

Le problème qui va se poser consistera à occuper tout le temps libre dégagé. Je n’irai plus au travail chaque matin, je ne passerai plus mes soirées et weekend à gérer le magazine, en d’autres mots je vais libérer une centaine d’heures dans mon emploi du temps. Effrayant !

Je vais continuer d’écouter de la musique, sans doute plus pour le plaisir que pour le travail, je vais lire quelques bouquins dont je vous parlerai après, regarder une série TV ou deux, peut-être même retourner au cinéma (il y a un film sur Tolkien), faire quelques photographies, me promener s’il ne fait pas trop chaud (comprenez par chaud plus de 25°C), nettoyer mon jardinet qui ressemble déjà à la savane, jouer sur la Switch à quelques jeux débiles, mais est-ce que cela suffira à combler toutes ses heures libres ?

Je pourrai partir en vacances, visiter une belle région, goûter aux spécialités locales, plonger dans l’océan ou escalader l’Everest mais ce n’est pas au programme cette année. On verra plus tard, cette année, c’est compliqué. Alors je vais peut-être faire des sauts de puces, aller voir mes amis, visiter quelques belles villes proches de chez nous, faire enfin un peu d’astrophotographie en altitude.

Il faudra que je sois fort, que je résiste à la tentation de trier la boite mail de Neoprog, que je ne réponde pas aux messages sur Messenger, que je poste rien sur Twitter, Facebook, Flickr. Le retour sur terre risque d’être effrayant, je n’ai jamais coupé les ponts avec Internet aussi longtemps. En suis-je capable ? Je ne le sais pas encore. La quantité des mails et de messages accumulés en quinze jours, même en plein été, risque d’être effrayante. A mon retour dans l’infosphère, il me faudra lire et traiter au moins deux cent mail, si ce n’est plus.

Pour tout vous avouer, j’ai un peu peur. Mais pourquoi m’infliger une telle souffrance me direz-vous ? Parce que je passe trop de temps sur Internet à mon goût, que la vie est ailleurs et que j’ai tendance à l’oublier.

Et vous, vous faites quoi pendant ces vacances ?

à ma zone

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Mon libraire craint de mettre la clef sous la porte, les disquaires ont presque tous disparus des grandes villes et certaines boutiques de jeux vidéos sont en passe de fermer. A la place poussent des enseignes de vapotage et des opticiens.

Avant le règne de Virgin, La Fnac, Cultura, Amazon, Ali Express fleurissaient des magasins spécialisées tenus par des passionnés. Aujourd’hui, dans ces supermarchés physiques ou virtuels de la culture, on trouve de tout ou presque, jeux, BDs, livres, CDs, vinyles, mini chaînes, téléphones, appareils photos, mixeurs, vibromasseurs. Les vendeurs, dans les rayons, même avec la meilleure volonté du monde, sont incapables de vous conseiller utilement, passant d’une grand-mère cherchant un grille pain à un métalleux en quête d’un obscur groupe de doom écossais.

J’ai encore la chance aujourd’hui d’avoir un libraire qui connaît mes goûts et me conseille, me faisant découvrir des merveilles, ma boutique de disques d’occasion avec son vendeur fan de groupes de métal atmosphérique à chanteuses et un magasin qui ne vend que des vinyles juste à côté et qui soutient la scène locale.

Je commande les livres chez mon libraire, après tout, un livre peu bien attendre une semaine. Pour la musique j’essaye d’abord chez mes disquaires mais il faut avouer que souvent je commande directement aux groupes; ce que j’écoute n’est pas franchement mainstream. J’ai aussi mon photographe, mon magasin audio et de bandes dessinées. Ils sont un peu plus chers parfois, mais de bon conseil, alors je ne fais pas comme beaucoup, posant mes questions dans la boutique et achetant ensuite en ligne. Un jour sinon le conseil fermera ses portes faute de clients.

Je n’achète pas sur Amazon, je fais mes courses au petit supermarché du coin, j‘achète mon pain chez le boulanger, je vais à la boucherie, au marché. J’essaye de faire travailler les magasins de proximité, pas les grands groupes esclavagistes. Attitude de riche ? Pas vraiment. L’achat en ligne coûte cher, rien qu’en considérant les frais de ports. Et si de grandes enseignes cassent les prix à la sortie d’un disque, elles se rattrapent largement quelques mois plus tard, car le stock c’est la mort de leur business.

Se balader dans les rues, faire du lèche vitrine, entrer dans une boutique attiré par un nouveau livre et ressortir avec trois autres, après avoir discuté avec un libraire passionné, c’est autrement plus plaisant que d’attendre que le facteur passe devant sa boite aux lettres vous ne trouvez-pas ?

Le retour des morts vivants

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Ils marchent dans le rue, fredonnant, parlant tous seuls, le regard perdu dans le vide. Ils roulent à tombeau ouvert sans regarder la route, concentrés sur leurs doigts qui s’agitent frénétiquement. Ils contemplent les paysages au travers d’un trou de serrure, immortalisent des panoramas qu’ils ne regarderont plus jamais.

Ils inondent les éthers de messages inutiles et mangent seuls à table entourés de leurs meilleurs amis. Ils patientent dans les transports, aux caisses, la main sur leur sextoy doudou.

L’objet est sacré, privé, interdit, remplit de secrets inavouables, d’appels cachés, d’amis inconnus, de relations inconvenantes. La chose choyée connait tout d’eux, achats, amis, déplacements, conversations, envies, vices. Leur vie se cache dans cinq pouces.

Dangers public sur routes, pistes cyclables, trottoirs, les humains trois point zéro, connectés en permanence à l’infosphère vivent-ils encore dans notre dimension ? Les seuls stimuli qu’ils connaissent encore sont des vibrations dans leur poche ou une sonnerie pour chaque type de sollicitation numérique.

Rien ne peut attendre, il faut dégainer et réagir, quitte à manquer le virage, percuter un cycliste, se faire faucher dans la rue, mettre un terme à une passionnante rencontre pour un message inutile.

La seule peur panique qu’ils connaissent encore est de ne plus retrouver leur précieux égaré dans une poche, un sac ou une voiture. Soudain ils sont seuls au monde, effrayés, perdus au milieu de sept milliards d’être humains connectés, esclaves de quelques grammes de silicone.

Vous qui me lisez, posez-vous la question, seriez-vous capable de ne pas allumer votre smartphone pendant une semaine ?

Le violon d’Ingres

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Mon épouse joue du piano depuis de longues années. Elle en joue d’ailleurs plutôt bien vu ses petits doigts boudinés. Méprisant Mozart, Beethoven, elle leur préfère des compositeurs plus audacieux comme Liszt, Scriabin ou Debussy d’où ma passion pour ce répertoire peu classique. 

Non contente de jouer plus d’une heure par jour sur son quart de queue et piano électrique, elle s’est essayée également à l’alto puis dernièrement au violoncelle. L’alto fut un fiasco et les notes du violoncelle providentielles. 

Encore fallait-il trouver violoncelle à son pied et l’affaire ne fut pas simple : trop grand, trop large, trop court, trop épais, trop moche, trop cher. 

Pour faire ses gammes, ma chérie en a acheté un premier, bas de gamme, puis un second en Angleterre (à peine mieux), a emprunté celui d’un prof haut de gamme, puis s’est décidé à en faire fabriquer un chez un artisan chinois. L’investissement semblait hasardeux (il est toujours compliqué de traiter avec la Chine, demandez à Trump vous verrez) mais le violoncelle était fait main. Un montagnana, gravé au dos. Après quelques hésitations (un risque à trois zéro tout de même), des tribulations douanières épiques, l’instrument arriva à la maison, en parfait état, mais démonté. Un bien bel objet en vérité mais totalement inutile en l’état.

Ma femme candide, alla chez un luthier pour finaliser l’assemblage. Ce qu’elle ignorait, c’est que certains luthiers font comme elle, commandant en Chine des violoncelles qu’ils améliorent un peu chez eux et revendent trois fois plus cher ensuite. Grace à son charme fabuleux, l’artisan de mauvaise grâce, monta les cordes, le cordier et le chevalet, reconnaissant au passage que l’instrument était de belle facture.

Un violoncelle est un instrument très encombrant et fragile. Pour le transporter, il faut absolument une boite, une boite à la bonne dimension, solide pour résister aux chocs, pas une housse souple. La quête de la bonne boite fut longue, très longue, fastidieuse. Choix du matériau, taille, poids, prix, couleur, plusieurs essais furent nécessaires à madame et son chinois. DHL, connu bien vite notre adresse, livrant ou emportant de gros cartons semblables à des cercueils, contenant d’abord des violoncelles puis des boites, de grosses boites, boites qui rentrent non sans mal dans la voiture.

Commença ensuite la course à l’optimisation. Optimisation vous avez dit ? Oui, car comme une voiture de course, il est conseillé de modifier les équipements de l’instrument pour obtenir un meilleur son. Tout commença par les cordes, des fils à linge hors de prix, de qualité certes mais au rendu sonore très différent selon les marques : Larsen, Spiricore, Pirastro, Kaplan et j’en passe. Mon épouse passa des heures sur le net, quand elle ne jouait pas, à trouver la bonne affaire : déstokage, fin de série, soldes, emballage abîmé. Elle a ainsi, petit à petit, commandé, parfois à l’unité, des cordes pour son nouvel instrument. 

Débuta alors le montage des cordes et la phase de test. Trop terne, trop métallique, trop cher, la configuration idéale fut l’objet de nombreux débats et écoutes, mon épouse se reposant sur mes seules oreilles pour procéder à ses choix (si elle savait la pauvre, qu’à force de trop de metal je suis devenu sourd comme un pot, enfin bon…). 

Elle fit remplacer le chevalet d’origine chez le luthier, les cordes étaient trop éloignées de la touche (oui les petits doigts boudinés). Vint ensuite le complexe débat sur la pique, laiton, fibre de carbone ou titane ? Elle a tout essayé pour finir avec une pique en titane recouverte de laiton, un objet pour le moins coûteux pour un bout de ferraille mais qui a renforcé la profondeur sonore du violoncelle, même moi, je m’en suis rendu compte, un vrai violoncelle pour jouer ‘Shadowmaker’ de Apocalyptica.

Le débat suivant tourna autour du cordier, des tendeurs, des vis, et après bien des tâtonnements elle s’en fit fabriquer un sur mesure avec des vis également en titane.
Tout était fin prêt, un violoncelle au top.

Oui mais non. Connaissiez-vous l’importance de l’archet pour le violoncelle, son poids, la position de son centre de gravité, son bois, son crin (pas celui d’une jument, elle pisse dessus) ? Toujours grace à la littérature internet, ma chérie s’est passionnée pour les archets. Aujourd’hui, après moulte expérimentations, ma femme possède de nombreux archets même si elle en a revendu plusieurs,  ils sont rangés dans un tiroir, derrière mes caleçons et mes chaussettes. Nacré, en permambouc, variant de quelques grammes seulement, ils ont en effet une grande influence sur le son restitué par l’instrument.

Après des mois de recherche, des commandes, des renvois, des enchères, des ventes, son violoncelle chinois est devenu une bête de course et le luthier un bon copain, qui lui trouve toujours de nouveaux accessoires hors de prix à vendre (des archets à quatre mille euros par exemple). Pour elle, il est disponible à toute heure. 

La prof de violoncelle de mon épouse lui envie son bel instrument qui sonne merveilleusement bien (normal, vous avez vu comme je suis bâti). Ma femme n’a plus qu’un sujet de conversation, son violoncelle. L’instrument d’abord timide, résonne aujourd’hui dans toute la maison, amplifiant les fausses notes de ma chérie, faisant fuir le chat terrifié par ses cris d’agonie.

Car voilà, si ma femme est musicienne, que son violoncelle sonne comme un moteur huit cylindres, elle n’en reste pas moins une débutante qui essaye pour l’instant de tenir la note juste.

Pas chroniqué ?

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Pour quelle raison ces enfoirés du webzine Neoprog n’ont-ils pas chroniqué votre dernier album ?

Vous avez contacté le boss, vous lui avez envoyé du matériel audio, une bio, une vidéo, glissé un billet un 500 € dans l’enveloppe et rien. Pas une ligne dans les colonnes du plus célèbre magazine de rock progressif de la planète. Pourquoi tant de haine ?

Il n’ y a pas de haine, il n’y a que des choix. Première question à se poser, êtes-vous bien dans l’esprit du webzine, car comprenez bien que pop, punk, jazz, trash, chansonnette, hip-hop, dub-step, opéra, grunge, ska ne trouvent pas leur place dans nos chroniques, où alors accidentellement. Ensuite nous recevons beaucoup plus de musique que nous ne pouvons écouter, même d’une oreille distraite, et pourtant nous en écoutons beaucoup. Et quand je dis beaucoup, c’est vraiment beaucoup.

Le choix de l’album à chroniquer appartient au critique, il n’y a pas de chronique imposée à Neoprog, du coup tout dépend de l’humeur de chacun.

Au cours de l’année, il y a plusieurs temps forts, la rentée musicale de septembre, le début de l’année civile et la fin du printemps. Ce sont des périodes pendant lesquelles les promoteurs et labels nous inondent d’albums, le plus souvent des groupes poids-lourds qu’il est impossible de passer sous silence si nous voulons garder encore quelques lecteurs. Du coup, les artistes moins connus perdent en visibilité pendant ces périodes intenses et il nous arrive de parfois les oublier.

La lassitude est également une raison de non chronique. Etant donné que nous écoutons beaucoup de musique, nous sommes fatalement blasés à force d’écouter des albums qui se ressemblent tous un peu à la fin. Il nous faut donc des sensations fortes pour stimuler nos envies, il nous faut de la variété, d’où des périodes pour certains d’entre nous passant du néo-progressif au metal puis au canterbury pour ne pas tourner en rond. Si par malheur vous arrivez avec du prog symphonique alors que je suis dans ma période doom expérimental, vous n’avez aucune chance d’être sélectionné, c’est injuste mais c’est ainsi.

Un autre facteur rentre en jeu : lorsque notre appréciation de l’album n’est pas des meilleures, nous préférons le plus souvent passer sous silence notre opinion. Le but n’est pas de démolir un artiste ou un album, mais plutôt de donner envie au gens d’écouter de la musique.

Comment mettre toutes les chances de votre côté ? D’abord contactez-nous si vous jouez du rock progressif. Ne nous demandez pas de chroniquer de la musique en streaming, nous ne le ferons pas. Ne nous envoyez pas du mp3 v0, faites au moins l’effort de nous envoyer du 320. Soyez un minimum visibles sur la toile, fournissez nous quelques informations sur qui vous êtes, un dossier de presse est toujours le bienvenu (cela nous évite d’écrire des âneries). N’hésitez pas à nous envoyer un titre sur Youtube, Bandcamp, Soundcloud afin que l’on se fasse une petite idée. Et donnez-nous tous les détails, date de sortie, line up, pochette, label, histoire que l’on puisse déjà vous référencer chez nous. Enfin inutile de nous dire que vous adorez notre webzine et que vous le consultez régulièrement et que nous faisons un super boulot, c’est gentil, mais j’imagine que vous ne lisez pas tous les webzines de rock progressif à qui vous soumettez votre musique…

Nous faisons notre maximum pour donner de la visibilité aux groupes émergents qui, selon nos critères, le méritent. Référencement, annonce de concerts, chroniques, actualités, interviews, livereports… Mais il faut également que nous parlions des formations mainstream pour que le webzine soit lu. L’équilibre est difficile à trouver.

Contrairement à certaines idées reçues ou pratiques d’autre magazines, nous ne faisons pas payer nos publications, nos chroniques, nos interviews. Si nous le faisons, c’est par passion, par envie.

Si la chanteuse du groupe est vraiment mignonne, même si c’est du R&B, on devrait pouvoir s’arranger pour une petite interview chez moi quand ma femme est au travail, mais chut !

PUB le retour

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J’avais juré craché que l’on ne me reprendrait plus, mais l’appât du gain est plus fort. J’ai remis des publicités sur le webzine. Je pourrais vous faire un bilan des dons reçus depuis l’ouverture du webzine, il y a de cela plus de dix ans. Le bilan est vite vu : zéro euros. La pub elle, avait rapporté en six mois, soixante-quatre euros à l’époque, de quoi payer l’hébergement du site chez OVH et deux trois broutilles. Si la pub revient, c’est que la boutique n’a pas marché, que les dons non plus et que, si Neoprog n’est pas une aventure commerciale mais musicale, j’aimerai bien ne pas passer un salaire entier dans ma passion tous les ans.

J’ai un peu honte de le faire mais quand je vois que mon employeur n’hésite pas une seule seconde a barbouiller un site payé par les contribuables avec des publicités invasives, je me dis que finalement, ce n’est pas si grave. Je vais bien entendu perdre tout crédit auprès des personnes qui ont lu mes précédents articles sur la publicité mais je ne suis plus à ça près.

A quoi servira la publicité ? Tout d’abord à payer l’hébergement, peut-être à lancer une campagne de publicité pour mieux nous faire connaître et également à financer, au nom du webzine, des projets et encourager la création artistique. A titre personnel, je le fais déjà, en participant à plusieurs crowdfundings, mais si le webzine dégage un peu d’argent avec la publicité, ce sera l’occasion d’aller plus loin dans cette démarche.

Il est possible que la pub m’énerve très vite et que j’enlève tout ce bazar rapidement, il m’arrive d’être d’humeur changeante et un peu girouette. C’est donc pour l’instant une nouvelle expérimentation, qui au moment à j’écris l’article nous a enrichit de deux éros (merci les québécois). Pas de quoi payer un hébergement, encore moins financer un nouvel album mais c’est un début.