
L’astronomie est une école de patience, tout particulièrement l’astrophotographie. Il n’est pas question ici de prendre une photo avec un smartphone et de la partager sur les réseaux sociaux dans la minute qui suit, il est question d’heures passées sur le terrain et devant l’ordinateur, avant d’obtenir quelque chose de présentable.
Plus j’avance dans cette pratique, moins je produis d’images. Mon précédent record était une photographie de la Chaîne de Markarian, pas loin de sept heures réalisées au printemps en plus de quatre-vingt images unitaires de trois-cent secondes. J’étais assez fier de moi.
Et puis j’ai eu envie de photographier SH 2-157, comprenez la nébuleuse de la Pince de Homard dans la constellation de Cassiopée. L’été les nuits sont courtes, la session photo débutait vers 0h et finissait à 4h maximum, autant dire pas vraiment les conditions idéales pour réaliser de longues séries d’images.

Avec ma lunette et ma caméra, je pouvais capturer dans mon champ la nébuleuse de la Pince de Homard, la nébuleuse de la Bulle (Caldwell 11), l’amas ouvert Messier 52, NGC 7510, NGC 7538 et plein d’autres merveilles.

J’ai commencé à photographier l’objet de 2 août pendant trois heures. Après une pause de près d’un mois, j’ai repris le shooting de 5 septembre avec un peu moins de trois heures, puis le 14 septembre, j’ai continué le 22 septembre mais avec seulement une heure trente d’images suite à de nombreux problèmes techniques et enfin le 6 octobre pendant presque quatre heures car les nuits rallongeaient enfin. Je me suis déplacé une fois au Champ du Feu, une fois à Grendelbruch et à trois reprises à Fréconrupt pour réaliser cette série de cent-soixante-trois photographies nocturnes. Bonjour le bilan carbone et la facture d’essence !
Quand les copains me demandaient ce que je photographiais, la réponse était invariablement la Pince de Homard.
Lorsque j’ai commencé la photo astronomie, je n’imaginais pas un seul instant que je puisse passer plus d’une heure sur le même objet. Finalement, j’ai passé treize heures et trente cinq minutes sur cette nébuleuse exigeante pour arriver à dévoiler les détails que je voulais capturer.
Vous verrez certainement sur Internet des photographies qui cumulent plus d’une centaine d’heures. Le plus souvent, celle-ci sont réalisées avec des télescopes fixes situés sous des cieux plus accommodants que ceux capricieux de l’Alsace. En plus ces instruments travaillent principalement en mode automatique, toute la nuit, alors que l’opérateur dort dans son lit. Cela n’enlève rien à la qualité de ces photographie, ce n’est cependant pas le même sport.
A chaque retour de soirée, je traitais l’image pour mesurer la progression réalisée, le signal gagné. Hélas, plus on avance, moins le gain est perceptible et plus l’image devient de plus délicate à traiter. Pour la dernière série, il m’aura fallu six bonnes heures pour arriver au résultat que je voulais obtenir. Une journée passée devant les écrans avec quelques pause pour reposer les yeux et manger.

Mon prochain projet de longue haleine pourrait être une galaxie très connue et facile à photographier, Messier 31, dans la constellation d’Andromède. Mais au lieu de passer deux heures dessus comme je l’ai déjà fait, je compte bien essayer d’accumuler une dizaine d’heures de signal.















